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Critiques / Théâtre

Happy Birthday Daddy de Christophe Averlan

par Marie-Laure Atinault

Anniversaire de sang

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Rien ne manque pour que la fête soit réussie : la nappe immaculée est bordée de dentelle, le champagne attend de pétiller dans les flûtes et le gâteau vient du meilleur pâtissier du coin. Ce n’est pas tous les jours que l’on souhaite les soixante ans de Papa, de Daddy. Pourquoi le héros de la fête semble-t-il contrarié ? Pourtant, son fiston s’est fait beau, rasé de prés, il étrenne un smoking tout neuf en l’honneur de son Papa. Tous les efforts que déploie le fils obéissant pour ce Père terrible, tutélaire devraient l’ébranler. Mais il reste de marbre. Comment ne pas être touché par ce fils si obéissant qui, à 30 ans passé, n’oserait même pas traverser en dehors des clous de peur de déplaire à Daddy. Le Père ne répond pas car il est ligoté, bâillonné. Ce soir le fiston prend le pouvoir et la parole, il va le tuer pour ses soixante ans !

Pour ce sacrifice d’Abraham inversé, ce cadeau sanglant et définitif, il aiguise ses armes. Il agrémente ses préparatifs d’un monologue hallucinant où il explique à ce père enfin attentif, ses années de frustrations affectives, de carence de câlins, de complicité. Il déballe tout. Sa sexualité aléatoire, son quotidien, ses peurs, ses angoisses pareilles à celle d’un enfant que l’on laisse seul dans le noir. Ce soir, il est le maître de toutes les peurs, de toutes les revanches, de toutes les humiliations.

Happy Birthday Emeric, un talent à decouvrir

Emeric Marchand, comédien, avait l’idée d’une pièce avec un sujet singulier. Il propose à l’auteur Christophe Averlan de l’ecrire. Trois mois plus tard, il lui fait lire un dialogue avec un muet malgré lui. Le texte est puissant, violent, ambigü et tient en haleine le spectateur jusqu’à la scène finale. Emeric Marchand a un parcours qui mérite que l’on s’y arrête. Il fait ses premiers pas sur les scènes du subventionné avec Daniel Benoin, Marcel Marechal. Il se fait remarquer dans « La nuit juste avant les forêts » de Koltés. On le retrouve aux côtés de Michel Roux dans « Faut-il tuer le clown », le plus beau rôle de ce pape du théâtre du Boulevard, mort récemment, qui fut si généreux pour son jeune partenaire. Maurice Benichou et Marion Bierry font appel à lui.

Mais, et cela est paradoxal, à part Jean-Pierre Dravel et Olivier Macé, les metteurs en scène ne semblent pas cerner la bête de scène, la puissance qu’il dégage. Une puissance qu’il sait doser, en jouant sur les nuances les plus intimes de son personnage, de la colère à la peine. Il passe dans son regard cette étincelle qui fait tout basculer. Mis en scène par Patrice Kerbrat qui a joué la carte d’une extrême simplicité pour ne pas dire d’une crudité de la représentation, car il n’y a rien de superflu, Emeric Marchand n’est pas seul en scène. En face de lui, dans le rôle ingrat du père, Jean-Yves Chilot fait passer toutes les incompréhensions et les peurs de ce père qui vit cet anniversaire cauchemardesque. Facéties du calendrier, les représentations auront lieu également pour les fêtes des Pères et des Mères, mais l’explosion d’un tel talent est forcément un cadeau.

Happy Birthday Daddy de Christophe Averlan mise en scéne de Patrice Kerbrat avec Emeric Marchand et Jean-Yves Chilot
Vingtième Théâtre 7,rue des plâtriéres 75 020 Paris Tél : 01 43 66 01 13

Photo : Jérôme Liniger

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