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Critiques / Théâtre

Fanny de Marcel Pagnol

par Marie-Laure Atinault

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Prélude à l’article ou lever de rideau

La scène se déroule au paradis. Un homme sous un parasol boit un pastis, il s’agit de Jules Raimu. Un homme élégant s’approche.

Raimu : Oh Marcel que tu es beau en costume, c’est vrai que depuis que tu es au RE-PER-TOI-RE DE LA COMEDIE FRANCAISE** il faut te dire Mônsieur !

Marcel Pagnol :
Allons Jules tu galèjes !

Raimu :
Tu sais que moi, Mônsieur, j’ai joué à la Comédie Française !

Marcel Pagnol :
Je sais, je sais, Jules et tu étais merveilleux en Malade Imaginaire***

Raimu :
Quand même Marcel tu as vu qui ils ont mis à ma place. Je l’aime bien le petit mais enfin pour jouer César, mettre ce grand escogriffe qui est long comme un jour sans aïoli, il ressemble plus à Monsieur Brun qu’à moi !!!!

Marcel Pagnol :
Ce ne sont pas les comédiens qui me chagrinent, mais tu sais je voulais que la pièce soit jouée avec l’accent, pour son authenticité. J’ai eu une révélation, je voulais que mes interprètes ne parlent pas pointu comme à Paris. D’ailleurs cet accent a fait une partie du succès et toi bien sûr mon très cher Jules.

Raimu : 
ô peuchère ! Coquin de sort, et tu as vu celui qui succède à Charpin, leur Panisse on dirait une vedette de cinéma !! Comment veux-tu que Fanny elle se sacrifie en épousant le Panisse !

Marcel Pagnol :
Moi, je l’aime bien le Seweryn. Par contre je trouve qu’ils ont fait un décor à l’économie !

Raimu : 
Oh ne m’en parle pas mon comptoir en cageot ! Ne dis rien , tu me fends le cœur ! Pourquoi tu souris ?

Marcel Pagnol :
Parce que je pense que les jeunes ils vont découvrir que j’ai écris autre chose que « Le château de ma mère », et que peut-être ils auront envie de pousser la porte de mon œuvre. Aller Jules, on l’a fait cette partie de boules.

*****

Le théâtre de Marcel Pagnol est fort peu joué depuis quelques années, il mérite que l’on se penche sur l’œuvre de cet auteur qui était plus qu’un bon romancier. Son entrée au répertoire de la Comédie Française n’est que justice. Le traitement et la vision de l’œuvre par Irène Bonnaud se veut résolument en dehors de toutes conventions ou attentes. Le premier parti pris est de faire jouer les comédiens sans accent, il est vrai qu’un accent mal joué peut donner une note factice, un son de mauvaise aloi. Le deuxième parti pris est de distribuer les rôles à contre emploi. Pour jouer César, Bruno Raffaelli avait non seulement la stature mais la faconde de ce rôle mythique. Ce dernier étant à l’affiche de l’excellent « Figaro Divorce », point de César pour ce méridional pur jus. Gilles David, que nous aimons beaucoup n’est pas très à l’aise sous le tablier de César. Certaines répliques semblent glisser à côté. Panisse, l’ami de César et le futur mari de Fanny est un homme qui dès le premier regard doit inspirer le respect dû à un notable et doit être un repoussoir pour une jeune femme. Hors malgré son immense talent, Andrzej Seweryn n’a rien d’un monsieur ventripotent, sans séduction. Son faux ventre, on n’y croit pas un seul instant ! De scène en scène, Andrzej Seweryn impose son personnage, par petite touche, il lui donne une humanité, son besoin effréné de paternité. Il sauve Fanny du déshonneur, il y trouve son intérêt certes, mais il est élégant, il se comporte comme un gentilhomme du Vieux Port. Andrzej Seweryn était le plus inattendu de la distribution, mais il la domine par son jeu tout en finesse car il a puisé au cœur de son personnage en évitant de rester à son écorce. Catherine Ferran, Honorine la mère de Fanny nous remet dans le contexte de l’époque. Fanny est fille mère. En 1931, être enceinte sans être mariée c’est le déshonneur pour toute la famille. On est une fille perdue, une moins que rien. Honorine porte toute la société, elle aime sa fille mais ne peut s’empêcher de dire ces mots si durs, si cruels. Là, le traitement foncièrement en dehors des années trente fausse un peu la donne. De nos jours, une jeune femme qui n’est pas mariée, ou dont le compagnon est absent ne subira pas les mêmes avanies que la pauvre Fanny. Le sujet de la pièce est la perte de l’innocence et de l’honneur. En partant, Marius a belle et bien jeté son père dans une dépression et Fanny dans le désespoir et le déshonneur. Face à Catherine Ferran, une truculente Sylvia Bergé en Claudine fausse nunuche fait une composition haute en couleurs. Elles sont toutes les deux épatantes. Serge Bagdassarian est à chaque fois une découverte tant ses compositions sont inventives et jubilatoires. Il joue trois rôles, tous avec une « tête », la plus drôle étant celle du docteur****.

Marcel Pagnol, avé ou sans accent

Le premier travail d’Irène Bonnaud est de traiter Marcel Pagnol en le « dé-Marseillan », c’est à dire en retirant tout le folklore, pour retrouver sa prose, sa force dramatique, mais n’est-ce pas le trahir un peu en retirant l’accent. Le théâtre de Marcel Pagnol mérite largement d’être lu et redécouvert. En retirant ce fameux accent, le texte passe différemment et se fait entendre avec une acuité particulière.

Les décors donnent l’impression d’être de bric et de broc. Le comptoir du Bar de la Marine est un empilement de cageot, les bateaux suspendu dans la boutique de Panisse sont fait dans des cartons. Un mélange de réemploi et d’art potache. Pas question non plus de revêtir les comédiens en costumes d’époque, mais dans un style qui se veut intemporel.
Difficile d’avoir un avis tranché sur ce spectacle. Les comédiens français sont à la hauteur de leur excellente réputation. On comprend fort bien le désir de faire passer la pièce dans un registre loin de la tradition marseillaise, le texte reste brillant avec cet art consommé du dialogue que Marcel Pagnol maniait avec maestria, mais en sortant on a la vague impression d’avoir vu un ersatz dans une auberge espagnole.


* La piece sera diffusée en direct le 1 novembre sur France 2

** Muriel Mayette administrateur général de la Comédie française a souhaité que Marcel Pagnol soit joué par les Comédiens du Français, cependant, les statuts de l’illustre maison précisent que la pièce doit être jouée à la salle Richelieu pour entrer au répertoire.

*** Le Malade Imaginaire dans une mise en scène de Pierre Bertin à la Comédie Française le 24 Mars 1944

**** Ne pas rater « Les Précieuses Ridicules » et son hilarante composition

Fanny, pièce en trois actes de Marcel Pagnol mise en scène Irène Bonnaud
Avec Catherine Ferran, Andrzej Seweryn, Sylvia Bergé, Jean-Baptiste Malartre, Pierre Vial, Serge Bagdassarian, Marie-Sophie Ferdane, Stéphane Varupenne, Gilles David.
Théâtre du Vieux Colombier jusqu’au 31 octobre 2008
Tél : 01 44 39 87 01

Photos : Brigitte Enguerand.

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1 Message

  • Fanny de Marcel Pagnol 30 juin 21:00, par Dray

    J’aimerais retrouver la scène (écrite puisqu’elle n’est plus dans le film) de César expliquant qu’il n’est pas coléreux.

    Pourriez vous me dire où je pourrais le trouver.

    Merci

    Christiane Dray

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