Au Festival Interceltique de Lorient - FIL 2026 - le 2 août au Théâtre de Lorient.
Denez – Chants des sept mers – Toenn-Vor - Concert.
Mélancolie et pouvoirs obsédants d’une mer à la présence somptueuse.

Pour sa venue tant attendue - art et professionnalisme- au Théâtre de Lorient pour le FIL 2026, Denez présente le 13 è album de sa carrière « Denez – Chants des sept mers – Toenn-Vor - Arfolk » Toenn-vor signifie en breton toit de mer, déferlante submersive ou vague scélérate, l’occasion pour Denez de placer en majesté sa voix significative, à la fois plaintive et persistante, si ce n’est un rien rebelle, embarquant le public du FIL dans l’imaginaire maritime.
Elégance oblige, la première chanson est dévolue aux Filles de Lorient qui sont si jolies…
L’exploration par ailleurs d’un univers maritime est un bonheur pour le public : l’océan et ses légendes, hommage vibrant aux chants de marins, complaintes bretonnes et gwerzioù, entre traditions et modernité, beau répertoire de la Bretagne océanique. Le mélancolique mais non moins solaire chanteur breton, natif de la côte sauvage du Haut-Léon, compose cette ode onirique à la mer - rêves et drames -, avec laquelle l’artiste entretient, depuis l’enfance, une familiarité immédiate entre ports finistériens, bateaux, marins, goélands.
Le concert de Denez offre gwerzioù, complaintes, ballades, ronds de la côte, chants de bord, chants de travail, déclinant, du chant à ramer, à hisser, à haler, interprétés alternativement en breton et français. Soit une sélection de chants de mer « profondément immergés », à la couleur avant-gardiste avec l’utilisation de technologies sonores contemporaines et électroniques et d’instruments actuels en écho à des instruments traditionnels universels.
Le chant de Denez est accompagné vocalement par le trio Mathieu Hamon, Roland Brou, Charles Quimbert, Christelle Belalia, Marion Guen, Katell Kloareg, Faustine Audebert – (Kaolila) pour l’album. Pour les instruments qui réinventent le chant traditionnel de mer, adapté par Denez, notons la plainte amplifiée du bandonéon argentin de Jean-Baptiste Henry, la guitare électrique de Robin Foster, les claviers de Christelle Belalia, et les gémissements profonds du uilleann pipes de Ronan Le Bars, le duduk arménien de Yeltaz Guenneau et l’oud arabe d’Antoine Lahay, soit une touche volontairement world à ce chant des sept mers.(Gérard Simon).
Classique du chant de mer, complainte traditionnelle, « La tramontane » : « Je n’irai jamais à la pêche/ Parce que je suis un peu boiteux/ Ce n’est pourtant ce qui m’empêche/ D’aimer la mer comme mes yeux./ Lorsque j’y pense mon cœur chavire/ Je n’aurai jamais mon bateau/ Je taillerai petit navire Dans du liège avec mon couteau ». « Et pourtant… Je suis content quand on entend chanter une sardane, Je suis content quand on entend crier le goéland Je suis content quand on entend souffler la Tramontane Je suis content quand on entend siffler le vent d’Autan. » Voix céleste sous les hauteurs, la version est poétique, incantatoire, mémorielle.(Gérard Simon).
Le thème sombre qui s’élève dans la beauté de la voix et de la musique pourrait être celui de la guerre qui sévit ici et là encore et toujours. Telle est la gwerz - funeste toile historique dramatisée - inspirée par une mer mortifère, titrée « Tri ano – Trois noms » - électro-rock, sonorités et ponctuations « celtisantes ». Si le ciel tonne au large de Kerskamp, c’est « Un combat terrible qui en est la cause/ Entre Anglais et Français ! » L’artiste aborde l’histoire maritime d’outre-Atlantique : « Quand nous avons parti de rade », complainte traditionnelle, évoque la guerre entre les colons français et anglais au Canada, au XVIII è siècle : « Le plus cruel c’est la partance De dire adieu à nos parents Vous voyez toutes les filles qui vous étendent les bras tout cela est inutile, à la guerre on s’en va. »
Par une gwerz traditionnelle du Pays Bigouden, titrée « Gwerz Penmarc’h – Le naufrage de Penmarc’h », Denez évoque la destruction, au large de Penmarc’h, de la flottille d’Audierne revenant de Bordeaux, chargée de vin, une nuit de novembre, en la première moitié du XIV è siècle.« Le capitaine de Saint-Malo » est un chant de travail, air à hisser, chanté, a capella, avec le trio Brou, Hamon, Quimbert - tradition du chant de marins, une mélodie entraînante, au propos âpre et amer : violence et cruauté de marins.
Sur une rythmique électro, dansante, et plus légère dans le propos, « E Kerlouanha Bordeaux », dañs round traditionnel, dansé à l’origine sur le pont des navires, par les marins. Denez chante en breton, et Marion Guen, Katell Kloareg, Faustine Audebert, du groupe Kaolina, répondent en français. Dansant aussi, « Les filles à deniers », est une suite de deux chants traditionnels, nombreux en Bretagne - chant à ramer et rond pagon. Gravité et légèreté dans l’évocation des filles de joie faisant commerce de leur corps dans les ports marchands.
Parfaitement intégré à ce registre rugueux de la vie maritime, Denez conclut « Toenn-vor – Chants des sept mers » par une interprétation personnelle et sincère d’ « Amsterdam »,une chanson écrite, composée et interprétée en 1964, jamais enregistrée en studio. Respect de l’original et phrasés personnels, Denez projette la chanson-phare des années 60, dans des sonorités d’aujourd’hui avec le bandonéon argentin de Jean-Baptiste Henry.
Un spectacle intense dont le souffle salé ne laisse pas indifférent mais subjugue au contraire, tant il fait vibrer les émotions entre poésie et réalisme, pénétrant en soi loin dans le temps et dans les profondeurs de la mer pour ressurgir en majesté sur les vagues houleuses d’un présent qui n’en finit pas d’interroger.



