Charlotte d’après David Foenkinos
Une évocation émouvante de la vie de Charlotte Salomon.

La compagnie Miranda propose une adaptation réussie du roman de David Foenkinos Charlotte et rend hommage à cette artiste que fut Charlotte Salomon morte en déportation à Auschwitz en 1943.
Pour conter l’histoire de Charlotte Salomon, le metteur en scène Thierry Surace qui a aussi assuré l’adaptation du roman, a eu recours à un récitant pour donner au public des informations importantes sur des événements qui ont marqué la famille maternelle et influé sur la vie de Charlotte. Ainsi on apprend qu’elle porte le prénom de la sœur suicidée de sa mère qui ne se remettra jamais de ce drame et finira par se défenestrer quelques années après la naissance de sa fille. Les suicides sont dissimulés à la fillette. Les non-dits sont oppressants pour cette enfant. Elle est souvent seule, rêveuse. Le remariage de son père avec la chanteuse lyrique renommée Laura Lindberg apporte un peu de gaité dans la vie de Charlotte grâce à sa belle-mère qui adore organiser des soirées mondaines. La vie insouciante et joyeuse est de courte durée avec l’arrivée au pouvoir des nazis qui va bouleverser le vie de Charlotte et de sa famille victimes des lois antisémites. Sa belle-mère Paula voulait en 1933 partir en Amérique mais son père était trop confiant et attaché à son métier pour qu’ils quittent l’Allemagne. Ce n’est qu’en 1940 que Charlotte ne rejoint ses grands-parents dans le sud de la France où elle sera arrêtée en 1942 sur une dénonciation.
La pièce permet de suivre les grandes étapes de l’existence de Charlotte sous forme de scènes reliées par de brèves interventions du récitant qui facilitent le suivi de l’histoire. L’interprétation talentueuse de Jessica Astier restitue toute la force créatrice de cette artiste. Elle réalisa, durant la dernière année de sa vie, plus de 1000 dessins et peintures qui racontent l’histoire tragique de sa famille. Elle confia ses créations à un ami avant son départ pour les camps en lui demandant d’en prendre soin. Cet ami tint parole et il remit les œuvres à son père et à sa belle-mère après la guerre. Après plusieurs expositions, elles sont réunies dans un livre intitulé Vie ? ou Théâtre ? sous forme d’une sorte de roman graphique . La scénographie intègre habilement les projections des peintures de Charlotte qui dialoguent avec les scènes jouées et font écho au désir de la jeune artiste de transformer sa vie en théâtre pour échapper à la folie du monde.
L’histoire de Charlotte et des siens est marquée par la mort et la barbarie mais grâce à la mise en scène rythmée et les interprétations très justes des comédiennes et comédiens, cette pièce ne sombre jamais dans la tristesse et le pathétique. L’enfance de Charlotte, bien qu’endeuillée par la mort de sa mère, est évoquée avec légèreté, poésie et quelques traits d’humour. Lorsque la menace nazie surgit, la peur est palpable mais la mise en scène met l’accent sur la détermination de Charlotte pour entrer aux Beaux-Arts de Berlin malgré les dangers. La force de créer envers et contre tout est sans doute ce qui domine dans ce portrait de Charlotte.
Thierry Surace propose une adaptation théâtrale tout en élégance et en émotions et rend un délicat hommage à cette artiste assassinée à l’âge de 26 ans.
Charlotte d’après David Foenkinos
Adaptation et mise en scène : Thierry Surace
Avec Jessica Astier, Julien Faure, Syvia Scantamburio, Gérome Schoof, Jonathan Silve, Thierry Surace
Scénographie : Bastien Forestier
Affiche : Jessica Astier
Costumes : Alice Touvet
Création vidéo : Jean Vignat-Laudy ( peintures : Collection Jewish Museum Amsterdam ; Charlotte Salomon Foundation)
Crédit photo : Eric Belhassen
Festival Off Avignon du 5 au 26 juillet (relâche le jeudi)
Théâtre du Balcon, 30 rue Guillaume Puy, 84000 Avignon
16h45 – durée 1h20


