Accueil > Bigre, mélo burlesque un spectacle de Pierre Guillois

Critiques / Théâtre

Bigre, mélo burlesque un spectacle de Pierre Guillois

par Corinne Denailles

Histoires sans paroles

Partager l'article :

Pierre Guillois, artiste associé au théâtre le Quartz à Brest, est un drôle de zigue qui n’a pas son pareil pour nous embarquer dans des contes visuels, souvent très musicaux, quelquefois avec du texte, ou pas. L’esthétique de ces spectacles inclassables se range du côté du burlesque et de l’absurde, ce qui ne signifie nullement qu’ils soient dénués de sens, bien au contraire. Le gros, la vache et le mainate (2010), emmené par Bernard Menez, tenait de l’opérette déjantée et Grand fracas issu de rien, cabaret spectral (2011) conjuguait jonglage, numéros de gymnaste, effets visuels surprenants, air d’opéra, texte de Novarina. Dans ce Bigre, on retrouve avec bonheur Olivier Martin-Salvan (on se souvient peut-être de son impayable Ô Carmen, et de sa participation à Le gros, la vache et le mainate, dans lequel jouait aussi Pierre Guillois, au théâtre du Rond-point) et Pierre Guillois, accompagné d’Agathe L’Huillier. Un trio de solitaires de choc perchés sous les toits et dans leur tête.
Le spectacle raconte, sans un mot et avec beaucoup de détails,la solitude de la vie urbaine, leurs problèmes de voisinage, leurs relations qui se font et se défont, leur amitié, leurs amours et leurs disputes dans un enchaînement de saynètes rythmé par des tubes de musique de variété archiconnus, comme le tube des années 1970 Happy together (Les turtles), "heureux ensemble"...
Trois minuscules appartements alignés qui disent beaucoup de leurs habitants. Le premier est d’une blancheur immaculé, hyper-technologique, habité par un grand maniaque (Olivier Martin-Salvan) qui traque le grain de poussière ; le second tranche par son bazar encombrant et la saleté des lieux occupé par un huluberlu (Pierre Guillois) qui dort dans un hamac au-dessus du désastre domestique ; le troisième qui tient de la bonbonnière rose est celui d’une jeune femme (Agathe L’Huillier) qui prend ses deux voisins pour cobayes dans ses expérimentations de médecine plus ou moins douce. L’ordonnancement apparent du début se déglingue au fil des scènes qui poussent au bout l’absurde de certaines situations ordinaires.
Le style et le mode d’expression de Pierre Guillois s’apparentent aux plus grands artistes du burlesque ; les éléments qui semblent prendre leur indépendance évoquent Tati, tout comme le traitement décalé des sons mais on pense aussi à Pierre Etaix ou à Laurel et Hardy, entre autres. Dans les situations les plus loufoques, les corps écrivent une véritable tranche de vie ; la poésie a toute sa place dans ce monde en folie, qui est le nôtre.

Bigre, mélo burlesque, un spectacle de et avec Pierre Guillois ; coécriture et interprétation Agathe L’Huillier et Olivier Martin-Salvan. Costumes, Axel Aust ; décor, Laura Léonard ; lumières, Marie-Hélène Pinon ; son, Roland Auffret ; effets spéciaux, Abdul Alafrez. Au théâtre Tristan Bernard du 9 septembre au 29 octobre 2016. Résa : 0145220840

Photo Pascal Perennec

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.