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Critiques / Théâtre

Voilà de Philippe Minyana

par Corinne Denailles

Avec le temps

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Rien ne se passe ou presque rien, juste la répétition des mêmes situations, juste le temps qui passe et le parfum de nostalgie qui s’en dégage, regrets confus de tout ce qu’on n’aura pas accompli. Pour un peu, on se croirait chez Tchékhov, jusqu’à la mention du cerisier… ou chez Ionesco mais non, on est chez Minyana qui peut-être se sera souvenu avec malice de La Cerisaie ou de La Cantatrice chauve pour écrire cette pièce qui, l’air de rien, toute lisse en surface, plonge au cœur de ces petits signes qui nous rappellent notre triste condition de mortel imparfait.
C’est dimanche, jour de visite à la vieille dame. De dimanche en dimanche, le même rituel. Dans un salon années 60, skaï, couleurs flashy et cuisine intégrée, quatre personnages bavardent de tout et de rien, répètent machinalement un rituel d’échanges qui n’a d’autres fonction que de maintenir le lien, rassurer. Ils ne refont même pas le monde, prennent des photos pour le souvenir, arrêter le cours du temps. Le ton est léger, décalé, drôle, mais peu à peu, à force d’immobilisme, l’atmosphère se charge d’une langueur discrètement angoissante. Cinq tableaux vifs et enlevés, cinq visites presque identiques, et le temps passe, et la solitude s’installe, et les voilà tous spectateurs de leur propre fin programmée, mais personne n’y pense, tout le monde est plutôt joyeux. Florence Giorgetti a mis en scène ce qu’elle appelle « les variations Minyana » avec un tempo juste (le rythme compte pour beaucoup dans cette scansion du temps qui passe) et une précision des détails qui en fait le charme et la drôlerie. Les « dit-il », « elle dit » sonnent Nouveau roman sans méchanceté, tant il est vrai que chez Duras ou Sarraute, l’absence d’action est souvent le révélateur de l’intériorité des personnages. Minyana s’en sera peut-être aussi souvenu. Depuis Inventaire, Minyana n’avait pas sondé avec autant de justesse les secrets de l’intimité de chacun qui sont ceux du monde les mieux partagés. Le texte est servi par un quatuor d’acteurs à l’unisson qui travaillent le motif avec finesse et accordent à merveille leur partition. Sous couvert de fausse désinvolture, les petits bobos un peu ridicules des uns et des autres sont autant de bleus à l’âme.

Voilà de Philippe Minyana, mise en scène Florence Giorgetti, avec Hélène Foubert, Florence Giorgetti, Nicolas Maury, Emilien Tessier. Au théâtre du Rond-point à 21h jusqu’au 25 avril 2008. Durée 1h25. Tél : 01 44 95 98 21
www.theatredurondpoint.fr

crédit : Brigitte Enguérand

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