Du 29 septembre au 17 octobre 2026, du mardi au vendredi à 19 h 30, samedi à 18 h, sauf samedi 10 octobre à 19 h 30, dimanche à 15 h 30, relâche le lundi, au TNP-Théâtre National Populaire,
Une petite affaire d’après Seul dans Berlin de Hans Fallada, traduction Laurence Courtois (édit. Gallimard), mise en scène Jean Bellorini.
Un combat de résistance pour la dignité existentielle.

Pour la dernière création de Jean Bellorini au TNP-Villeurbanne, l’heure est à l’aune de la gravité ambiante et actuelle face à la noirceur de nos temps incertains où les guerres s’immiscent ici et là dans des jours menaçants. Sa mise en scène en appelle à la responsabilité civique, citoyenne, universelle.
Seul dans Berlin (1947) est le dernier roman de Hans Fallada (1893-1947), figure longtemps méconnue de la littérature réaliste allemande du XX è siècle, témoin de la crise économique des années 1920, de l’avènement du III è Reich, puis de la guerre. Inspirée de faits réels, l’oeuvre raconte le quotidien des Allemands pendant cette Seconde Guerre mondiale, sous le régime nazi de Hitler - pénuries, propagande et effort de guerre selon les maîtres-mots du national-socialisme. Le roman - une écriture claire, réaliste, attentive aux détails, à la vie de gens ordinaires broyés par un système qui les exploite - apporte un éclairage sur la résistance civile allemande à Berlin.
Otto et Anna Quangel apprennent le décès de leur fils, mort en héros « pour la Patrie ». Leur monde s’écroule : ils décident d’écrire contre Hitler de petits textes sur des cartes postales qu’ils déposent dans les halls d’immeubles et les entrées d’escaliers. L’homme que joue Camille de La Guillonnière et la femme, Clara Mayer, acteurs fidèle du théâtre-récit incarné de Jean Bellorini, sont un couple tendrement uni, affectueux l’un envers l’autre, et déterminés à combattre l’injustice en humanistes dignes- solidarité, entraide, bienveillance.
Ils refusent la guerre, un monstrueux assassinat des enfants : « On ne met pas les enfants au monde pour qu’ils aillent se faire tuer. » Cet acte de survie, à la fois dérisoire et héroïque, est fondé sur l’histoire réelle d’Otto et Elise Hampel exécutés le 8 avril 1943 à la prison de Plötzensee pour des actes de résistance. L’activisme politique des protagonistes redonne un sens à leur vie et rééquilibre le sentiment d’une perdition des valeurs quand sévit la peur, la haine, l’ignominie, la terreur, l’injustice. Ils sont arrêtés, après deux ans, par la police, et comparaissent au tribunal où le public assiste à leur procès -arrestation du couple, procès et incarcération jusqu’à la mort.
Un décor monumental (Véronique Chazal), porté par des claires-voies de lumières, évoque l’isolement des êtres minuscules face à leur affrontement. Structures colossales, charpentes glissantes de fer aux piliers énormes, et bruits métalliques disent l’écrasement sous une machine institutionnelle qui dépasse la mesure, métaphore cinglante et tranchante de l’oeil du pouvoir.
Des transitions musicales (Clément Griffault) donnent à la respiration du temps un apaisement salvateur que ponctue le quatuor final de trombonistes.
Sur une petite table d’écolier sont assis les accusés que le Président de l’Audience interroge, assis dans le public : Jacques Hadjaje est sardonique, sarcastique, moqueur et caustique, vraie figure de cauchemar. Quant aux accusés, humbles et réservés, ils racontent les faits selon leurs convictions, face public, calmement et ménageant des silences significatifs, qui font peser dans le public le poids des enjeux d’une mort qui se profile de plus en plus.
Camille de La Guillonnière et Clara Mayer sont eux-mêmes et jouent leur partition de ceux de « l’Allemagne d’en bas » avec naturel étudié, forts d’une intériorité assumée dans le récit qu’ils projettent face aux spectateurs, une salle attentive et au diapason avec le combat engagé par les protagonistes.
« Peu importe qu’il n’y en ait qu’un qui lutte ou bien dix mille ; quand celui-là se rend compte qu’il doit lutter, alors il lutte, qu’il y ait des gens qui luttent à ses côtés ou non. Il fallait que je lutte, et si c’était à refaire, je le referais », dit Otto.
Cette Petite affaire est une grande affaire d’âmes, dont on voudrait que toutes retrouvent la lucidité par ce témoignage de l’engagement de certains.
Une petite affaire d’après Seul dans Berlin de Hans Fallada, traduction Laurence Courtois (édit. Gallimard), mise en scène Jean Bellorini, avec
Jacques Hadjaje, Camille de La Guillonnière, Clara Mayer, avec les trombonistes Tanguy Boisseranc, Joël Castaingts, Lili Soletti, Nicolas Trepp, adaptation Camille de La Guillonnière, scénographie Véronique Chazal, lumière Jean Bellorini assisté de Mathilde Foltier-Gueydan, son et vidéo Léo Rossi-Roth, composition musicale Clément Griffault, costumes
Fanny Brouste, réalisation du décor et des costumes les ateliers du TNP.
Du 29 septembre au 17 octobre 2026, du mardi au vendredi à 19 h 30, samedi à 18 h, sauf samedi 10 octobre à 19 h 30, dimanche
à 15 h 30, relâche le lundi, au TNP-Théâtre National Populaire, 8, place Lazare-Goujon 69 100 Villeurbanne tnp-villeurbanne.com
Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage



