Un petit pas de trop, à la Scala jusqu’au 1er novembre 2026
Trio doux-dingue
Kader Attou en trio marque d’une empreinte personnelle la danse hip hop, à cheval sur le burlesque et le poétique.

DANSE HIP HOP, CIRQUE, MIME, BURLESQUE, théâtre de l’absurde… tous ces genres se mélangent joyeusement dans le dernier spectacle donné pour une quinzaine à la Scala par Kader Attou. Le danseur et chorégraphe, créateur de la compagnie Accrorap, installée à la Friche Belle de Mai à Marseille, milite de longue date pour un hip hop d’auteur avec des grandes formations. Il revient cette fois à une forme plus légère : avec trois danseurs pour cette pièce d’un autre type, drôle, poétique et très pensée (voire cérébrale) sous ses allures improvisées. Comme son titre l’indique, Un petit pas de trop, est toujours au-delà d’une limite.
Limite de quoi, c’est toute la question ? Première hypothèse possible : à la limite de l’équilibre. En effet de toutes les saynètes qui s’égrènent en chapelet avec fluidité pendant un peu plus d’une heure, bon nombre consistent pour l’un des trois interprètes en jeu (ou les trois ensemble) à éviter de justesse de tomber. La scène de la Scala étant divisée en deux plateaux avec mezzanine, sans rampe ni garde-fou bien sûr, les occasions de chutes dans l’escalier ou dans le vide ne manquent pas.
Deuxième hypothèse : à la limite du réel. La pièce s’ouvre (et se referme) sur un écrivain qui au fond de son sous-sol sombre couvre d’écritures un vieux livre en se servant de sa plus belle plume à l’ancienne, terminée par un beau panache blanc. Il écrit quelque chose en marmonnant des propos incompréhensibles. De quoi s’agit-il ? Mystère. Des bribes de musiques classiques, d’airs d’opéra se font entendre ouvrant une piste : il s’agit de l’évocation de souvenirs ou du récit d’un songe. Et l’écrivain de se mettre en branle remontant par l’escalier de la mezzanine et celui de la mémoire et en chutant à chaque pas. On aurait donc affaire au « murmure des songes » pour reprendre le titre d’une de ses créations précédentes.
Mais à l’autre bout du spectacle, la séquence finale vient éclairer le propos d’une autre manière : la plume se met à échapper aux mains de l’écrivain et à courir toute seule à son gré dans tous les sens de l’espace. Au passage, on remarque l’habilité de Kader Attou à incarner les métaphores de la mémoire qui se remonte et de la plume qui court toute seule.
Troisième et dernière hypothèse dans cette liste non exhaustive : à la limite de la cohésion entre les trois acteurs-danseurs-acrobates. Certes le spectacle requiert une synchronisation parfaite des faits et gestes de chacun, qu’il s’agisse d’entrer/sortir simultanément des nombreuses portes et fenêtres factices, certaines de guingois comme dans les tableaux surréalistes qui peuplent la scène ou de monter/descendre les escaliers. Il n’en reste pas moins que chacun des trois le fait à sa manière propre, avec sa singularité : très concentré pour Kader Attou, lunaire ou décontracté pour les deux autres.
Les références aux pièces de Pina Bausch et au cinéma muet abondent, avec des citations et des films de Chaplin (Le Dictateur notamment) ou des séquences de Slapstick frénétiques. Le déjà-vu, c’est un peu le point faible de ce spectacle qui par ailleurs en comporte beaucoup d’originaux et de forts.
Un petit pas de trop. Direction artistique et chorégraphique Kader Attou. Interprétation : Régis Truchy, Mansour Abdessadok, Kader Attou. Création musicale et sonore : Régis Baillet (Diaphane). Lumières : Fabrice Crouzet. Scénographie : Olivier Borne. Paris, La Scala, jusqu’au 1er novembre.
Tournée : 20 novembre / Maisons-Alfort, Les Théâtres (94) ; 25 novembre / Bagneux, Théâtre Victor Hugo (92) ; 11 et 12 décembre / Alès, Scène nationale (30) ; 2027 : 14 et 15 janvier / Belgique, Charleroi, Palais des Beaux-Arts ; 18 janvier / Miramas, Tournée Mosaïque Arsud (13) ; 29 janvier/ Castres, Théâtre municipal (81) ; 4 et 5 février / La Trinité, La Stella (06).



