Spectacle vu à l’Empreinte - Théâtre de Brive, Théâtre de Tulle, au Théâtre de Brive, Esplanade Bernard Murat 19100- Brive-la-Gaillarde. Le 31 mars, à Albi, Scène Nationale d’Albi-Tarn.
Sans suite (Un air de roman), texte Baptiste Amann, musique originale Pascal Sangla, mise en scène Sébastien Bournac.
Une direction enjouée d’acteurs aux belles personnalités par Sébastien Bournac.

Thomas, compositeur de musiques de film vit une carrière ascendante, il accède à un contrat rêvé, la réalisation d’une comédie musicale. Or, la mort de sa mère, « événement à déflagration lente », fait basculer sa vie dans le chaos, ravivant une relation toxique et des secrets enfouis, tel est Sans suite (Un air de roman) de l’auteur Baptiste Amann. De son côté, le metteur en scène Sébastien Bournac, directeur du Théâtre des Îlets, Centre Dramatique National de Montluçon, se saisit de ce choc des genres - récit, théâtre, monologue intérieur, musique et chansons - dans une comédie musicale mi-figue, mi-raisin, entre drame et comédie, pleurs et joie : sentiments aléatoires.
Soit le fruit de la commande d’écriture d’un metteur en scène à un auteur à travers le défi d’une écriture décalée, entre tirades lyriques et glissements chantés en contrepoint, à travers la composition musicale de Pascal Sangla. Présentée en trois épisodes du nom des protagonistes - Thomas, Camille, Adama -, cette fresque romanesque avance selon trois regards, des facettes miroitantes de l’histoire d’un homme en crise, comme le monde qui l’entoure.
Tout comme ses personnages, la comédie musicale est contrariée, la partition forcément morcelée depuis le vertige d’une chute intérieure que les autres ne comprennent pas. Le compositeur Thomas vacille à la mort de sa mère. Il n’écrit plus. La fable chorale met en tension la narration romanesque, la polyphonie intérieure et les chansons pop en contrepoint. La musique donne de la résonance aux failles, à l’absence, aux désordres, aux dissonances d’un petit monde. Mais à côté de la souffrance, l’allégresse encore. Le fantastique est même convié à travers le fantôme-revenant de la mère (digne Nathalie Kousnetzoff) qui aime à s’entretenir avec le fils traqué.
Porté par huit interprètes sur scène, Sans suite [Un air de roman] traverse le trouble d’un homme en crise, au bord du silence, traversé par le deuil, le doute, l’effondrement. Une fable douce-amère sur le fait de vivre, aujourd’hui :
« J’enterrais ma mère le midi et le soir je composais des chansons. Je ne rêvais plus à une vie littéraire j’habitais la littérature même, et je n’osais parler à personne du plaisir que je prenais dans la perte… C’est que j’ignorais encore tout de l’épaisseur de ce mot-là. » Aveux et confidences de Thomas (Jean-Baptiste Szézot), artiste en équilibre sur le fil de l’épreuve existentielle.
La scénographie alerte est mouvante : les parois à baie vitrée glissent et s’ouvrent à vue sous les soins des acteurs et techniciens, passant d’un studio d’enregistrement au plateau de cinéma ou à la scène de théâtre, du comptoir d’un bar à bières à un amphi de fac - Adama (William Edimo) enseigne la philo -, de la salle à manger privée de la vive Camille (Mathilde Panis) à la salle de répétition de danse collective, façon All That Jazz de Bob Fosse.
L’idée est pertinente, donner à voir au public la fabrication de la bande originale d’un film musical, comme s’il participait à ce rêve inouï, entre espoirs et prouesses d’un parcours et de ses petites déceptions, dans le cadre d’un travail répétitif où sévit l’exigence de rigueur et de non-désinvolture. La première partie du spectacle est enlevée, pleine de grâce et d’agilité dans ses intentions. Et Sébastien Gisbert, à l’aise, est à la batterie et aux percussions.
Les interprètes bien campés sont droits et eux-mêmes - ceux déjà cités, sans oublier le rôle de Bénédicte, l’agente experte et décidée (Mia Delmaë), et les rôles de Laurent, le producteur (Ismaël Ruggiero) et de Mathurin, le créateur (Hugues Jourdain) - ; tous transcendent de leur présence poétique l’écriture parfois brute de déco, à la langue un rien vulgaire, faussement quotidienne.
Spectacle véhément à l’élan prometteur qui trouvera à coup sûr son rythme de croisière.
Sans suite (Un air de roman), texte Baptiste Amann, musique originale Pascal Sangla, mise en scène Sébastien Bournac, interprétation Mia Delmaë, William Edimo, Hugues Jourdain, Nathalie Kousnetzoff, Mathilde Panis, Ismaël Ruggiero, Jean-Baptiste Szézot et Sébastien Gisbert (batterie, percussions), collaboration artistique Aurélia Marin, scénographie Aurélie Thomas et Kristelle Paré, création lumière Jean-François Desboeufs et Benoît Biou, création costumes Elsa Bourdin et Marine Galliano, création son Loïc Célestin, direction musicale Pascal Sangla, regard chorégraphique Sylvain Huc. (Cpgnie Tabula Rasa). Spectacle vu à l’Empreinte - Théâtre de Brive, Théâtre de Tulle, au Théâtre de Brive, Esplanade Bernard Murat 19100- Brive-la-Gaillarde. Le 31 mars, à Albi, Scène Nationale d’Albi-Tarn. Du 18 au 21 novembre 2026, Théâtre des Îlets -CDN de Montluçon. Du 3 au 13 décembre, Théâtre de La Tempête - La Cartoucherie - 75012. Du 27 au 30 janvier 2027, ThéâtredelaCité - CDN Toulouse-Occitanie. Le 2 février 2027, Théâtre Molière - Sète, Scène Nationale Archipel de Thau. Le 4 février 2027, Théâtre + Cinéma, Scène Nationale Grand-Narbonne. Du 21 au 25 avril 2027, Théâtre des Quartiers d’Ivry, CDN du Val-de-Marne.
Crédit photo : François Passerini.



