Concert de musiques espagnoles du Festival de l’Orangerie de Sceaux le 27 septembre

Pour marquer les 150 ans de Manuel de Falla

Sous la direction avisée de Jean-François Heisser, l’Orchestre Ostinato est tout à son affaire dans un programme rare de musiques espagnoles.

Pour marquer les 150 ans de Manuel de Falla

LE FESTIVAL DE L’ORANGERIE DE SCEAUX se distingue par une programmation éclectique laissant place à des concerts peu ordinaires. Ainsi en est-il du concert de clôture de son édition de cette année, avec des pages de musique espagnole inusitées. Sont réunies La Oración del torero (« La Prière du torero ») et la très rare Rapsodia sinfónica (« Rapsodie symphonique ») de Joaquín Turina, puis El Amor brujo (« L’Amour sorcier ») de Manuel de Falla mais dans sa version originale si peu donnée, le tout entrecoupé de pièces de flamenco. Ce festival sis dans l’historique parc (dessiné par Le Nôtre) de la ville de Sceaux, au sud de la région parisienne, a été fondé en 1969 par Alfred Lœwenguth. C’est désormais Jean-François Heisser qui en est le directeur artistique, depuis 2014. L’Orangerie du parc, bâtiment tout aussi historique construit en 1686, reçoit donc les concerts de la manifestation, aménagé pour la circonstance.

Le concert qui nous occupe se distingue aussi, qui entend, comme peu d’autres en France, célébrer les 150 ans de Manuel de Falla (né le 23 novembre 1876 et disparu en 1946). On reconnaît là le talent et aussi les préoccupations de Jean-François Heisser, initiateur du programme de ce concert, pianiste mondialement reconnu et éminent chef d’orchestre, porté sur le répertoire espagnol. Pour l’occasion il a été fait appel à l’Orchestre Ostinato, formation de jeunes instrumentistes (tous prix de conservatoires) se perfectionnant à l’orchestre. Ici pour un orchestre en formation de chambre d’une petite vingtaine d’instrumentistes, adaptée aux pages du concert, dirigée par Jean-François Heisser. Dans la bonne acoustique du lieu, les deux pièces de Turina (1882-1949, compagnon de Falla et Andalou comme lui) s’épanchent valeureusement. La Oración del torero, son moment humble et recueilli, la lyrique concertante Rapsodia sinfónica, aidée du piano ductile de Charles Heisser (fils de Jean-François), trouvent la juste interprétation qui se leur doit.

Puis vient une pause, sous forme de deux airs de flamenco chantés par la cantaora (chanteuse de flamenco) Antonia Contreras, portée par la guitare de Juan Ramón Caro, le même livrant un solo de guitare virtuose toujours d’inspiration flamenco. Soit ! Pour un interlude d’un caractère andalou proche des pièces « classiques » du concert. Si ce n’est une malencontreuse sonorisation qui rend le propos artificiel.

El Amor brujo original

Enfin, après l’entracte, place à El Amor brujo de Falla. Il faut savoir que L’Amour sorcier fut conçu primitivement comme une œuvre théâtrale mêlant dialogue parlé et chant, dans la forme traditionnelle des zarzuelas, ou plus précisément en l’espèce d’une gitaneria (une « gitanerie »). L’échec relatif de cette première mouture dans un théâtre madrilène en 1915 conduira Falla à la réviser un an plus tard sous forme de suite d’orchestre, devenue la version définitive et longtemps la seule connue. C’est le mérite de ce concert, et de l’initiative de Jean-François Heisser, que de revenir à la version originale si peu fréquemment offerte. L’œuvre, pour formation de chambre, piano et chanteuse soliste cantaora, se présente comme une action théâtrale en musique contant des mésaventures amoureuses, pourvue de chant et de passages parlés. Elle est admirablement restituée par les instrumentistes sous la direction précise de Heisser (et le piano de Charles). Seulement… seulement, il faut subir une amplification sonore de la chanteuse (pourvue d’un microphone), bruyante et dommageable, d’autant plus pour les paroles qu’elle récite (et qui, en outre, auraient nécessité des surtitres, ou à tout le moins une mention dans le programme de salle). Sachant que l’acoustique bien présente du lieu ne le nécessité pas et ne s’y prête guère. D’où résulte un désagréable décalage acoustique entre les instruments et les parties vocales. Seul grand défaut de cette soirée musicale attachante.

Illustrations : photos Emma Buisson

Joaquín Turina : La Oración del torero et Rapsodia sinfónica ; Manuel de Falla : El Amor brujo. Pièces de flamenco. Avec Antonia Contreras (cantaora), Juan Ramón Caro (guitare), Charles Heisser (piano) ; Orchestre Ostinato, dir. Jean-François Heisser.
Sceaux, Orangerie, 27 septembre 2026.

A propos de l'auteur
Pierre-René Serna
Pierre-René Serna

Journaliste et musicographe, Pierre-René Serna entretient plusieurs activités paramusicales (organisation de colloques, rédaction de programmes de concerts et d’opéras, conférences, production d’émissions radiophoniques) et collabore à différents...

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