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Critiques / Opéra & Classique

Medea de Pascal Dusapin

par Olivier Olgan

La dimension énigmatique d’une Médée contemporaine

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A ceux qui cultivent le vieux poncif d’une création musicale contemporaine qui ne trouverait ni de lieux de production ni encore moins son public, les reprises de Médea, l’opéra de Pascal Dusapin, sur de nombreuses scènes européennes apportent le plus cinglant des démentis.

Depuis sa création en mars 1992 au Théâtre de la Monnaie à Bruxelles, baptisé alors Medeamaterial, l’ouvrage de Pascal Dusapin conçu sur un texte de Heiner Muller était initialement destiné à partager l’affiche avec Didon et Enée de Purcell. Son succès légitime, désormais détaché de Purcell, lui a ouvert de nombreuses productions à Bonn en 1999, à Nanterre en 2000, à Lausanne en 2002... Au Théâtre de Gennevilliers, Antoine Gindt, metteur en scène et nouveau maître des lieux et metteur en scène, concentre son travail sur la dimension énigmatique et tragique du rôle titre, magnifiquement incarné par la soprano allemande Caroline Stein. Tout en accentuant la théâtralité de l’œuvre malgré sa modeste durée, une petite heure, inhabituelle pour un opéra.

Médée trahie, Médée passionnée, Médée meurtrière

Le dispositif imaginé par Antoine Gindt place l’héroïne devant l’effectif instrumental (orchestre à cordes, chœur mixte, quatuor vocal). Apparemment seule en scène, la proximité de la chanteuse avec le public crée un rapport d’intimité qui ne cesse d’interroger le spectateur. Le tempo suspendu de la musique de Dusapin renforce l’ambiguïté des points de vue de l’héroïne, à la fois récitante, actrice, chanteuse, figure trahie, rêvée, vengeresse. Elle déroule ses fragments de mémoire dans un décor constitué d’un réseau de cailloux blancs, traçant de vastes carrés où sont placés les objets qui nourrissent son parcours halluciné.

Une distribution époustouflante de précision

Sous l’emprise de ce torrent de vengeance et de désespérance, la soprano allemande Caroline Stein projette des émotions de haine et de froide lucidité, avec une puissance magnifique de justesse. Elle captive sans hystérie, ni véhémence, entre tragédie et énigme, amour et violence. En contrepoint, elle peut s’appuyer sur les brèves interventions du chœur Mikrokosmos et d’un quatuor vocal (Caroline Chassany, Ana Moraitis, Raquel Winnica, Pablo Travaglino) qui irradie les clameurs d’un monde ne comprenant pas ce qui se joue. François-Xavier Roth qui assure la direction musicale pousse son orchestre "Les Siècles"à l’incandescence . Il lui fait creuser chaque détail, scruter la finesse de la partition, en distiller les nuances.

Ainsi resserée sur le drame intime de cette femme, l’opéra de Pascal Dusapin gagne encore en intensité. Un diamant noir aux facettes tranchantes !

Medea de Pascal Dusapin, livret de Heiner Müller, orchestre des Siècles, direction François-Xavier Roth, mise en scène par Antoine Gindt.
Avec Caroline Stein, Médée (soprano colorature) et Evelyne El Garby Klai, Créuse (rôle muet).
Quatuor vocal : Caroline Chassany (soprano), Ana Moraitis (soprano), Raquel Winnica (mezzo-soprano), Pablo Travaglino (haute-contre) Chœur Mikrokosmos

Théâtre de Gennevilliers, les 19, 25, 27 et 29 mars. Tél. : 01 41 32 26 26

Crédit photo : Pascal Victor ArtCom

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