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Critiques / Jeune Public / Théâtre

Les Trois Petits Cochons

par Corinne Denailles

Même pas peur

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Tout le monde connaît l’histoire des trois petits cochons qui, partis à la découverte du monde, font de mauvaises rencontres dont un seul d’entre eux réchappera. Un conte pour enfants dira-t-on trop rapidement, comme pour souligner la naïveté du récit. Heureusement, depuis longtemps, certains spécialistes et artistes s’emploient à contester l’approche simpliste qui sévit depuis le XIXe siècle. Olivier Py et Joël Pommerat ont démontré, chacun à leur façon, quels trésors renferment ces textes. On peut désormais compter avec Thomas Quillardet pour nous régaler, nous émerveiller, nous faire frémir, rire et réfléchir.

Le metteur en scène a d’abord beaucoup travaillé sur le texte, avec la complicité de Marcio Abreu et des comédiens dont certaines improvisations ont servi de base d’écriture. Les acteurs ont été très impliqués dans le travail ; ils ont élaboré leur univers propre. Bakary Sankaré est la maman truie, avec sa jolie robe à grands carreaux roses. Elle chasse ses petits du foyer parce qu’elle sait qu’elle sera tuée le lendemain, mais elle ne leur en dit rien. C’est aussi que l’heure est arrivée de quitter le nid. Sankaré interpète aussi Claude, tantôt bonhomme de paille tantôt sapin. Marion Malenfant, Julie Sicard et Stéphane Varupenne sont les trois délicieux petits cochons. La première est gentiment écolo, la seconde est l’intello de service (c’est elle qui saura résister au loup…), le grand frère est le plus naïf des trois. Serge Bagdassarian, comme toujours en impose. Il fait une première apparition dans la peau d’une sorte de Jean-Pierre Coffe qui nous explique que tout est bon dans le cochon. Puis, il surgit enveloppé dans un grand manteau de fourrure, deux petites oreilles velues plantées sur la tête, poussant un caddy de supermarché, la nappe à portée de main. Puis, le voilà déguisé en petit chaperon rouge, et les cochons de lui signaler qu’il se trompe de conte, manière de citation et référence à Hellzapoppin ou Gotlib.

Comme tous les personnages, le loup conjugue humanité et animalité, pulsions primitives et raison raisonnante. Les petits cochons de l’histoire sont ici franchement des enfants, l’esprit aventurier un peu scout, malgré les quelques attributs signalant leur appartenance au monde animal. Ce parti pris offre des libertés heureuses qui autorisent à leur prêter des sentiments très nuancés. Il est suggéré, sans que cela tourne à la démonstration, qu’il y a ici métaphore du chemin vers l’âge adulte semé d’embûches, de peur, d’émerveillements, d’émotions en tous genres. La mise en scène est formidablement ingénieuse, inventive, rythmée et pleine d’humour, le texte regorge de lignes de fuite et de perspectives inattendues, et les comédiens sont tous épatants. Thomas Quillardet a trouvé le juste point d’équilibre entre tradition et modernité, entre merveilleux et réflexion ; il a su solliciter la part d’enfance des acteurs pour un spectacle généreux et intelligent qui déstabilise les petits juste ce qu’il faut pour créer la surprise tout en ménageant leurs repères. Un régal pour les enfants comme pour les adultes.

Les Trois Petits Cochons, mise en scène Thomas Quillardet,, adaptation Marcio Abreu et Thomas Quillardet. Scénographie Dominique Schmitt ; Lumières, Eric Dumas ; AVec Julie Sicard, Serge Bagdassarian, Bakary Sankaré, Stéphane Varupenne, Marion Malenfant. Jusqu’au 30 décembre, du mardi au samedi à 18h30. durée : 1h.

Photographie : Cosimo Mirco Magliocca

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