Du 17 septembre au 25 octobre 2026, du mardi au samedi 20h30, dimanche 15h, relâche lundi à L’Athénée Théâtre Louis Jouvet.
Les Bonnes de Jean Genet, mise en scène Carme Portaceli, avec la Troupe de la Comédie-Française, Anna Cervinka, Elissa Alloula, Edith Proust.
Des Bonnes bousculées et trépidantes près de quatre-vingts ans après leur création.

Les Bonnes - titre éponyme de la pièce de Jean Genet - sont les deux sœurs, Claire et Solange, hantées par le projet du meurtre de leur maîtresse dans un rituel où les rôles s’inversent. Joueuses, elles donnent et se donnent la comédie dans la chambre/salle de bains de Madame, renversant des barrières sociales désuètes, voulant en finir enfin avec ce mépris magistral d’une patronne qui n’en est pas davantage sujet libre dans son asservissement à un amant évoqué mais que nous ne verrons pas.
Carme Portaceli, directrice du Théâtre national de Catalogne, présente la pièce à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet créée dans ce théâtre en 1947 dans une mise en scène de Louis Jouvet et une chorégraphie de Christian Bérard.
Ces drôles de Trois Grâces, selon la metteuse en scène catalane, sont en fait les obligées d’un désir hanté par le consumérisme qui transforme la beauté en objet manifeste d’exhibition et de pouvoir. Femmes, elles sont toutes plus ou moins victimes désignées d’une esthétique imposée, d’une jeunesse vénérée, de normes sociales rigides qu’on voudrait voir révolues - le désir apparent d’une société sous l’emprise de l’image et des réseaux sociaux.
Porteuses d’un rêve de vie aux aspirations minuscules, les employées de maison rêvent d’être riches et belles, de revêtir des atours luxueux et d’avoir un amant, comme Madame. Dans cette réduction stéréotypée de la figure féminine, la pièce se rapprocherait de La Maison de Bernarda Alba de Federico Garcia Lorca, de ces filles empêchées, tributaires d’un fantasme masculin - celui de l’homme absent, objet récurrent d’un imaginaire tenace.
Ces figures mythiques des Bonnes restent des ombres non existantes et vacantes malgré les fleurs et les miroirs insatisfaisants et installés là pour combler le vide intérieur - des soeurs aimantes et haineuses, entre humour et folie. Il fallait de grandes actrices des années 2026 pour faire sauter nombre de verrous sociétaux et donner la mesure de Bonnes vivifiées, entre chansons rebelles pop et punk, la scansion chorégraphiée d’un rap vengeur.
Dans ce jeu bouleversé et de rôles exacerbés, Elissa Alloula est Solange, l’aînée - maîtresse de cérémonie calme et déterminée, incarnant dans ce rituel programmé sa cadette Claire à laquelle revient le rôle de Madame. Cette fausse Claire montre son asservissement, digne et agenouillée, frottant le sol de ses serviettes de bain glissées sous ses pieds, munie de gants de ménage. Elles n’en déclame pas moins une résistance et révolte toniques.
Edith Proust est Claire qui joue Madame sur la scène de leur petit théâtre, interprétant une maîtresse en diva glamour et vive, excitée, déjantée et désarticulée, se déshabillant et se rhabillant à plaisir, allant jusqu’au bout d’une folie qu’elle contrôle, s’abandonnant à un songe excessif d’elle-même.
Quant à Anna Cervinka, de la même teneur sensible que la précédente qui joue son personnage, elle incarne la vraie Madame, libre, fantasque et insouciante, croit-elle, alors qu’elle se rangerait aisément aux côtés de ses deux domestiques dans la soumission aux diktats d’un pouvoir patriarcal ancestral. La pièce re-visitée et réactualisée surprend par son âpreté et sa gaillardise, mais sa persuasion scénique n’en est que plus percutante.
Les Bonnes de Jean Genet, mise en scène Carme Portaceli, avec la Troupe de la Comédie-Française, Anna Cervinka, Elissa Alloula, Edith Proust. Dramaturgie Ines Boza, scénographie Paco Azorín, costumes Silvia Delagneau, lumières David Picazo, musiques originales et son Jordi Collet, travail chorégraphique Ferran Carvajal, assistanat à la mise en scène Ruth Orthmann. Création de la Comédie-Française en co-réalisation avec l’Athénée Théâtre Louis Jouvet. Du 17 septembre au 25 octobre 2026, du mardi au samedi 20h30, dimanche 15h, relâche lundi à L’Athénée Théâtre Louis Jouvet, 4 square de l’Opéra Louis-Jouvet 75009 Paris. Tél : 01 53 05 19 19 athenee-theatre.com De janvier à mars 2027, Miramas, Antibes, Arcachon, Enghien-les-Bains, Val de Reuil, Berne, Brno, et Varsovie, dans le cadre de la saison culturelle France-Pologne.
Crédit photo : A. Poupeney, collection Comédie-Française.



