Un récital pour la Lune dans les yeux et Epic Arts salle Cortot le 12 mai

La voix comme un enchantement

Un récital lyrique caritatif nous rappelle que la voix est peut-être le meilleur moyen de locomotion vers l’enthousiasme et la paix intérieure.

La voix comme un enchantement

« QUELS SONT LES PARAMÈTRES DE LA MUSIQUE en dehors du son ? » C’est à partir de cette interrogation qui peut paraître sérieuse que s’épanouit l’activité de la compagnie lyrique La Lune dans les yeux*. Le rôle joué par la musique dans la société a notamment convaincu cette compagnie de travailler avec des personnes privées d’audition. Robert Wilson évoquait Le Regard du sourd ; La Lune dans les yeux, elle, a imaginé des ateliers de création artistique (« UrbaN’Opéra »), un projet d’opéra réunissant la romancière Alice Zeniter et le compositeur Pablo Murgier, et un travail approfondi sur les compositrices du XIXe et du XXe siècle qui fait suite à une étonnante initiative de médiation culturelle dans le Pays d’art et d’histoire du Perche sarthois.

C’est dans cet état d’esprit qu’a eu lieu dans le cadre intime et sonore de la salle Cortot un gala lyrique caritatif conçu par La Lune dans les yeux au profit d’Epic Arts**, autre association soucieuse d’éducation et qui, à partir des massacres qui eurent lieu au Cambodge à partir de 1975, s’est penchée sur le rôle que peut jouer l’art dans le soutien aux handicapés. Ce gala, présenté par Bertrand Périer, réunissait trois pianistes et six chanteurs.

Maîtrise, tempérament, énergie

Après une improvisation un peu démonstrative du pianiste Cyprien Katsaris sur des thèmes célèbres (signés Wagner, Rachmaninov, Tchaïkovski, Verdi…), voici venir de jeunes artistes au talent en devenir ou déjà confirmés interprétant des airs plus ou moins connus du répertoire. On apprécie la belle voix et la maîtrise technique de la soprano lyrico-colorature Lise Nougier dans l’Air des bijoux de Faust et dans « Signore ascolta » de Turandot. Le ténor Hugo Tranchant mêle sa voix de ténor léger et son aisance de comédien dans un air d’Alcina et les couplets de Franz des Contes d’Hoffmann. Encore un peu timide dans « Cruda sorte » de L’Italienne à Alger, qui demande beaucoup d’abattage, la mezzo Juliette Gauthier s’affirme davantage dans l’air du prince Orlofsky de La Chauve-Souris. Nadège Meden fait preuve de moyens impressionnants dans « In questa regia » de Turandot, mais elle convainc moins dans « Es gibt ein Reich » d’Ariane à Naxos que dans le superbe « Nel di della vittoria » de Macbeth de Verdi où elle dégage une grande énergie malgré quelques aigus trop tirés.

On franchit un palier avec Paul-Louis Barlet, qui aborde avec un timbre superbe et un bel art des nuances « Hai gia vinta la causa » des Noces de Figaro, et met à profit la puissance de sa voix de baryton-basse dans un extrait d’Eugène Onéguine d’une expressive sobriété. Puis en compagnie d’Olga Syniakova, qui fait preuve d’un splendide tempérament dramatique dans « O mio Fernando » de La Favorite de Donizetti, et conclut le récital avec « Mon cœur s’ouvre à ta voix », chanté avec une ampleur et un éclat saisissants, même si sa diction française peut encore être améliorée.

Denis Dubois et Soraya Verdier accompagnent tour à tour ces valeureux chanteurs, et c’est à Soraya Verdier qu’est donné de finir la soirée avec la transcription par Liszt de la Mort d’Isolde. Une soirée d’où l’on sort comblé : l’art lyrique, trop souvent victime de préjugés ridicules (le poncif de l’élitisme !), continue d’attirer de jeunes artistes, et c’est heureux. Nul doute que les associations Epic Arts et La Lune dans les yeux sont sorties renforcées dans leurs convictions et leur volonté d’agir pour que l’art, et notamment le chant, nous rappelle qu’il est encore possible, aujourd’hui, de trouver la beauté sur son chemin.

Illustration, de gauche à droite et de haut en bas : Cyprien Katsaris, Bertrand Périer, Paul-Louis Barlet, Lise Nougier, Juliette Gauthier, Olga Syniakova, Nadège Meden, Hugo Tranchant, Soraya Verdier, Denis Dubois (photos dr)

* www.lalunedanslesyeux.com
** https://donate.transnationalgiving.eu/france/epicarts

Airs de Gounod, Alcina, Mozart, Rossini, Puccini, J. Strauss fils, Offenbach, R. Strauss, Donizetti, Tchaïkovski, Verdi, Saint-Saëns par Lise Nougier (soprano), Nadège Meden (soprano), Juliette Gauthier (mezzo-soprano), Olga Syniakova (mezzo-soprano), Hugo Tranchant (ténor), Paul-Louis Barlet (baryton). Cyprien Katsaris, Denis Dubois et Soraya Verdier, piano. Salle Cortot, 12 mai 2025.

A propos de l'auteur
Christian Wasselin
Christian Wasselin

Né à Marcq-en-Barœul (ville célébrée par Aragon), Christian Wasselin se partage entre la fiction et la musicographie. On lui doit notamment plusieurs livres consacrés à Berlioz (Berlioz, les deux ailes de l’âme, Gallimard ; Berlioz ou le Voyage...

Voir la fiche complète de l'auteur

Laisser un message

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

S'inscrire à notre lettre d'information
Commentaires récents
Articles récents
Facebook