La Reine des neiges, une histoire oubliée d’après Hans Christian Andersen

Un enchantement

La Reine des neiges, une histoire oubliée d'après Hans Christian Andersen

Une relecture du conte d’Andersen à la lumière de Shakespeare et de l’étude sur les contes du psychanalyste Bruno Bettelheim qui claque le bec aux mièvres versions de Disney et régénère l’histoire, voire l’enrichit de multiples façons, tout en restant fidèle à l’original. Un bel exploit littéraire réalisé par Johanna Boyé et Elisabeth Ventura. Il y est question du passage de l’enfance à l’âge d’adulte et de ses vicissitudes, mais aussi de la vertu des songes, de ce qu’ils révèlent de notre inconscient, de leur teneur poétique. Le spectacle est judicieusement agrémenté de quelques références à Shakespeare : nous sommes de l’étoffe dont les rêves sont faits (La tempête), le monde entier est un théâtre dont nous sommes les acteurs (Comme il vous plaira).
La forêt rappelle celle du Songe d’une nuit d’été . Gerda (très juste et touchante Léa Lopez), l’héroïne de La Reine des neiges, s’y endort et est asticotée par des trolls facétieux et parfois méchants, version scandinave des elfes et autres esprits de la forêt.
Peuplé de sorcières, de magiciennes, de brigands, de corneille et de renne bienveillants, d’aurores boréales, le conte, raconté par une grand-mère, est celui du voyage initiatique de la petite Gerda lancée à la recherche de son ami d’enfance brusquement disparu à la suite d’un vilain tour que lui a joué un troll. Au gré des épreuves traversées, elle découvre combien elle est courageuse, intrépide, opiniâtre, elle triomphe de nombreux obstacles mais bénéficie aussi d’aides, d’adjuvants, comme dit Vladimir Propp le grand théoricien du genre.

Tout dans ce spectacle est un enchantement. La mise en scène généreuse, vive et imagée de Johanna Boyé, la scénographie de Caroline Mexme qui a imaginé un palais des neiges abstrait, perché sur un sommet au milieu des glaciers dont les arêtes dessinent le relief. Magnifique ! Les costumes des hôtes de la forêt de Marion Rebmann sont colorés et inventifs, celui de la reine immaculé et pur ; les comédiens sont tous épatants. Danièle Lebrun est une délicieuse grand-mère pleine de douceur et de vivacité, mais aussi, comme tous, elle interprète d’autres personnages, tel le petit troll des champignons ou l’impayable vieille brigande. Suliane Brahim est, entre autres, un des personnages clés, impériale reine des neiges elle-même, instigatrice de la disparition de Kay (Sefa Yeboah), l’ami de Gerda et a fortiori du voyage symbolique de la petite. La corneille et le renne, figures positives du conte, tous deux très bavards, sont traités avec beaucoup d’humour. Dominique Parent donne à chacun une vraie personnalité. Sa corneille est bonne fille bien qu’un brin vantarde tandis que le renne, gros bonhomme pataud, brave et paternel, ne se fatigue jamais d’encourager Gerda jusqu’au terme de sa métamorphose. Au bout du conte, la jeune fille pourrait bien être le double de la narratrice se remémorant son enfance sur un mode poétique et symbolique.
La reprise de ce spectacle créé en 2022 et couronné par un Molière du jeune public en 2023 est un beau cadeau de Noël pour tous les âges.

La Reine des neiges, une histoire oubliée d’après Hans Christian Andersen. Adaptation Johanna Boyé et Elisabeth Ventura. Mise en scène, Johanna Boyé. Avec Suliane Brahim, Danièle Lebrun, Claïna Clavaron, Léa Lopez, Sefa Yeboah, Dominique Parent. Scénographie, Caroline Mexme. Costumes, Marion Rebmann. Lumières, Cyril Manetta. Musique originale et son, Mehdi Bourayou. Travail chorégraphique, Johan Nus. Magie, vincent Wüthrich. Assistante à la mise en scène Stéphanie Froeliger. Assistante aux costumes, Violaine de Maupeou et Clément Desoutter. A Paris, au théâtre du Vieux-Colombier jusqu’au 7 janvier 2024 ; Durée : 1h40.
Texte publié à L’Avant-scène théâtre
© Christophe Raynaud de Lage

A propos de l'auteur
Corinne Denailles
Corinne Denailles

Professeur de lettres ; a travaille dans le secteur de l’édition pédagogique dans le cadre de l’Education nationale. A collaboré comme critique théâtrale à divers journaux (Politis, Passage, Journal du théâtre, Zurban) et revue (Du théâtre,...

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