Du 25 mars au 3 mai 2026, au Théâtre du Vieux-Colombier Paris 6 è.

L’Ordre du jour d’après Eric Vuillard, adaptation, mise en scène et lumière Jean Bellorini.

Le bluff et la manipulation des foules toujours en question.

 L'Ordre du jour d'après Eric Vuillard, adaptation, mise en scène et lumière Jean Bellorini.

« L’Histoire est un spectacle », dit Éric Vuillard, dans son récit L’Ordre du jour, pointant plusieurs épisodes, prémices de la Seconde Guerre mondiale. Le concepteur scénique Jean Bellorini éveille cet Ordre du jour inconcevable pour des esprits raisonnables.

La pièce s’ouvre sur la réunion du 20 février 1933 : 24 industriels allemands sont reçus par Goering et Hitler, devenu chancelier un mois plus tôt. Afin de financer la campagne du parti nazi pour les législatives. Hitler promet d’en finir avec l’instabilité et de « permettre à chacun d’être un Führer dans son entreprise ». Derrière ces hommes, des sociétés toujours actives ont financé la campagne aux législatives du chef du Parti nazi et chancelier Adolf Hitler, à coups de propagande et de fictions filmées - de fausses archives.

« Ils étaient vingt-quatre, près des arbres morts de la rive, vingt-quatre pardessus noirs, marron ou cognac, vingt-quatre paires d’épaules rembourrées de laine, vingt-quatre costumes trois pièces, et le même nombre de pantalons à pinces avec un large ourlet. Les ombres pénétrèrent le grand vestibule du palais du président de l’Assemblée ; mais bientôt il n’y aura plus d’Assemblée, il n’y aura plus de président, et, dans quelques années, il n’y aura même plus de Parlement, seulement un amas de décombres fumants. » (Quatrième de couverture, L’Ordre du jour d’Eric Vuillard, Actes Sud.)

Le ton est donné, ironique et sarcastique, faisant résonner d’emblée l’absurdité objective d’une scène initiale qui conduira à la catastrophe. Petits hasards des jeux diplomatiques européens et loupés grotesques aux effets d’une violence inouïe - horreur, effroi et destruction. Ainsi, en 1938, l’Anschluss (annexion de l’Autriche) procède de coups de bluff et de ratés.

Le chancelier Schuschnigg prend pour alibi un séjour au ski pour rencontrer officieusement Hitler. De leur côté, Ribbentrop, l’ambassadeur allemand, et sa femme accaparent la conversation d’un déjeuner mondain, dissertant vainement sur le tennis, afin de retarder l’annonce à Chamberlain, premier ministre britannique, de l’invasion de l’Autriche par l’armée nazie. Sans savoir que la colonne de blindés est immobilisée par une panne... Des hypothèses, des échanges téléphoniques retranscrits au procès de Nuremberg,

Pour Jean Bellorini, « rire du pire, c’est s’armer contre lui ». Porté par un art théâtral collectif, il met en scène un spectacle choral, du théâtre-récit avec des parties chantées, des séquences d’un cabaret noir et burlesque des années 30, en écho, plus de quatre-vingt dix ans plus tard, avec notre contemporanéité exacte de guerres déclenchées ici et là, à coups de bluff.

Sur scène, deux guérites de verre, des cabines téléphoniques des ambassades ou studio d’enregistrement des archivistes, cage de verre des condamnés du Procès de Nuremberg, tandis que la musique est jouée en direct - violoncelle et percussions - et une autre, composée et diffusée.

Les personnages de ce cabaret noir, entre sarcasmes, fanfaronnades, humour noir et gravité consciente d’une histoire dramatique et historique en cours, Laurent Stocker, Julie Sicard, Jérémy Lopez, Baptiste Chabauty sont à hauteur de l’enjeu à l’intérieur d’un décor bellorinien - petites lumières suspendues au-dessus d’un parquet de beau bois ciré, et les effets d’une paroi vitrée qui, se renversant, fait miroiter la reconnaissance des spectateurs dans la salle, comme celle des figures scéniques mi-réelles et mi-imaginaires mais tellement « vraies », debout ou allongées sur le parquet, qui jouent du port du masque - bas enfilé sur le visage ou têtes historiques caricaturales de papier mâché -, mettant à distance ces portraits épinglés de mauvais augure.

Un spectacle de cabaret efficace qui donne à réfléchir sur la manipulation des foules par les dits « Grands de ce monde » : préparation et fabrication d’images inventées, imaginées et complaisantes, afin de gagner l’opinion.

L’Ordre du jour d’après Eric Vuillard, adaptation, mise en scène et lumière
Jean Bellorini, scénographie Véronique Chazal, costumes Fanny Brouste, vidéo Gabriele Smiriglia, musiques originales Sébastien Trouvé, Baptiste Chabauty, son Sébastien Trouvé, masques, maquillages et coiffures Cécile Kretschmar, collaboration artistique Delphine Bradier, assistanat aux costumes Peggy Sturm, assistanat à la lumière Mathilde Foltier-Gueydan. Avec la troupe de la Comédie-Française, Laurent Stocker, Julie Sicard, Jérémy Lopez, Baptiste Chabauty. Du 25 mars au 3 mai 2026, au Théâtre du Vieux-Colombier Paris 6 è. Tél : 01 44 58 15 15, comedie-francaise.fr

Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.

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Véronique Hotte

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