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Critiques / Opéra & Classique

Judith de Philippe Fénelon

par Olivier Olgan

Une nouvelle héroïne incandescente

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Une commande de l’Opéra de Paris sur le thème de Judith, d’après la tragédie de Friedrich Hebel, a conduit le compositeur Philippe Fénelon à creuser à nouveau les méandres de la voix en s’appuyant sur un grand texte littéraire. La création mondiale du monodrame le 29 novembre, par l’Orchestre de l’Opéra National de Paris et la soprano Jeanne-Michèle Charbonnet sous la baguette de Cornelius Meister a donné naissance à une nouvelle héroïne de feu et de glace.

Philippe Fénelon est un auteur prolixe dont l’œuvre connaît une reconnaissance méritée. Son catalogue contient de plus de 90 œuvres brassant tous les répertoires, de la musique de chambre au ballet. Depuis 1980, l’opéra y tient une place centrale. Il en a déjà signé quatre qui s’appuyent sur des textes éclectiques, de haute portée littéraire. Ils furent montés sur les grandes scènes de l’Hexagone : Le chevalier imaginaire d’après Cervantes au Châtelet (1992), Salammbô d’après Flaubert à l’Opéra National de Paris (1998), Les Rois d’après Cortazar à l’Opéra National de Bordeaux (2004), Faust d’après Lenau au Capitole de Toulouse (2007- voir webthea du 7 juin 2007).

Une écriture personnelle luxuriante sans dogmatisme

S’appuyant sur une palette sonore luxuriante, l’écriture musicale de Fénelon ne s’enferme dans aucun dogmatisme. A travers le personnage de Judith, libératrice juive quasi mythique qui séduit le terrible Holopherne pour mieux le tuer, Fénelon brosse l’ambiguïté de l’héroïsme au féminin quand la femme est à la fois vierge et castratrice, victime et bourreau. On retrouve dans son écriture les couleurs noires et brûlantes que Caravage a utilisées pour sa propre vision d’une Judith émasculatrice…

A partir de la tragédie en cinq actes de Friedrich Hebbel, Fénelon a conçu un monodrame en cinq tableaux, centré sur l’unique figure de Judith. C’est elle seule qui témoigne de la nuit de sang qu’elle a vécue. Le paroxysme est tel que sa solitude franchit souvent la ligne du récit et du rêve, de l’horreur et de l’hallucination. Avec un orchestre d’une rare densité – l’effectif est le même que celui de Erwartung de Schönberg – Fénelon célèbre la voix féminine qui porte le drame pendant plus quarante minutes et l’inscrit au cœur de sa puissance orchestrale.

Une héroïne racinienne

De sa ‘beauté de belladone’, à la fois veuve et vierge- son mari est mort sans jamais avoir consommé le mariage - altière et sûre de son destin – le secret/prémonition qui l’habite lui permet toutes les audaces -, Judith est avide de vengeance. Au fil du drame, elle passe à l’acte avec l’intensité amoureuse, les faiblesses, les incertitudes, et la cruauté d’une héroïne racinienne. « Une femme est un néant ; elle ne devient quelque chose que par l’homme » crie-t-elle avant de se lancer dans le combat… »

La remarquable performance de Jeanne-Michèle Charbonnet

Pour lui donner chair et sang Fénelon s’appuie sur la tessiture et l’intensité dramatique de la soprano américaine Jeanne-Michèle Charbonnet, spécialiste des rôles straussiens et wagnériens. Il la retrouve après leur collaboration à Bordeaux pour Les Rois dans lequel elle chantait le rôle d’Ariane. De la netteté dans l’expression, de l’élégance dans le maintien, une voix pleine et puissante, elle porte à bout de notes les convulsions de son personnage et l’incarne avec humanité et grâce.

A la tête de l’Orchestre de l’Opéra National de Paris, le jeune chef allemand Cornelius Meister a parfaitement trouvé ses repères dans la structure sonore de Fénelon. Il fait feu de tout cuivre, attise les contrastes, peaufine les couleurs, tout en restant soucieux de ne pas couvrir la voix.

Jeudi 29 novembre 2007, salle Pleyel, concert « hors les murs » de l’Orchestre de l’Opéra National de Paris ; Direction Cornelius Meister, avec Jeanne-Michèle Charbonnet

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