L’Isola disabitata de Haydn à l’amphithéâtre de l’Opéra Bastille jusqu’au 21 mars

Île déserte académique

Nouveau spectacle de l’Académie de l’Opéra de Paris, L’Isola disabitata de Haydn a tout pour séduire.

Île déserte académique

CE PETIT OPÉRA DE CHAMBRE DE HAYDN (composé en 1779) se prête parfaitement à la présentation des nouvelles recrues de l’Académie de l’Opéra national de Paris. L’œuvre réclame quatre chanteurs : une mezzo et une soprano, un ténor et un baryton. Dans le cadre retreint et d’une bonne présence acoustique de l’amphithéâtre de l’Opéra Bastille, la mise en scène de Simon Valastro convient au propos comme à son objectif. Pour conter les mésaventures (d’après Métastase) de deux couples d’amants retrouvés et se retrouvant sur une île déserte, le plateau se présente simple et évocateur autour d’un rocher mouvant sur une plage de gravillons (toutefois de carton). Dans la scénographie de Lucie Mazières, les mouvements sont réglés au plus précis de l’action entre quelques va-et-vient significatifs, parsemés souplement de la danse de Nicolas Fayol (en évocation de la biche indiquée par le livret). À des costumes neutres et en situation d’Angelina Uliashova, s’ajoutent les lumières précisément ajustées par James Angot. Et le tour est joué.

Une prometteuse distribution internationale

Le chant s’épanche alors sans contraintes entre un jeu d’acteur bien caractérisé. La mezzo française Amandine Portelli (Costanza) et la soprano étatsunienne Isobel Anthony (Silvia) livrent l’une comme l’autre un lyrisme vocal bien projeté. Le ténor chinois Liang Wei (Gernando) et le baryton autrichien Clemens Frank (Enrico) leur répondent avec bagout d’une voix tout aussi assurée. Bien que limitée dans ses aigus pour le baryton, comme il se doit. Une distribution internationale à l’image du recrutement de l’Académie et très prometteuse. L’orchestre placé de côté, constitué de membres de l’Orchestre Ostinato et d’instrumentistes venus de l’Académie, autant de jeunes musiciens, soutient d’un trait léger sous la direction claire de François López-Ferrer (Hispano-Étatsunien, autre international). Pour cette œuvre que l’on peut croire destinée à des jeunes interprètes, avec ses airs solitaires sans complications jusqu’à un quatuor final bien enlevé, le résultat d’ensemble convainc. L’Académie de l’Opéra de Paris a encore de beaux jours devant elle.

Illustration : photo Vincent Lappartient Studio j’adore ce que vous faites (dr)

Joseph Haydn : L’Isola disabitata. Avec Amandine Portelli (Costanza), Isobel Anthony (Silvia), Liang Wei (Gernando), Clemens Frank (Enrico) et Nicolas Fayol (danse). Lucie Mazières (scénographie), Angelina Uliashova (costumes), James Angot (lumières), Simon Valastro (mise en scène). Orchestre Ostinato et instrumentistes de l’Académie de l’Opéra de Paris, dir. François López-Ferrer. Paris, Amphithéâtre Olivier Messiaen de l’Opéra Bastille, 11 mars 2025.

A propos de l'auteur
Pierre-René Serna
Pierre-René Serna

Journaliste et musicographe, Pierre-René Serna entretient plusieurs activités paramusicales (organisation de colloques, rédaction de programmes de concerts et d’opéras, conférences, production d’émissions radiophoniques) et collabore à différents...

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