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Gustav Mahler : le temps des inégrales

par Christian Wasselin

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Le double anniversaire de Gustav Mahler (1860-1911) est l’occasion pour les maisons de disque de proposer plusieurs intégrales de l’œuvre du compositeur. Penchons-nous sur celle que vient de publier Emi.

Mahler a bien fait les choses : né en 1860, il nous permet de fêter en 2010 le cent-cinquantenaire de sa naissance ; mort en 1911, il nous autorisera à célébrer l’an prochain le centième anniversaire de sa mort.
Deux années consécutives pour un musicien, voilà qui est rare ! Chopin et Schumann en 2010, en attendant Verdi et Wagner en 2013, doivent ou devront se serrer afin de tenir ensemble dans la même année.

Ce double anniversaire est l’occasion de nombreux concerts, comme l’intégrale des lieder avec orchestre et des symphonies donnée par l’Orchestre national de France et son directeur musical Daniele Gatti, au Châtelet, jusqu’en décembre 2011. C’est aussi le prétexte, pour plusieurs maisons de disque, de publier des intégrales. Universal en propose deux : l’une réunit l’ensemble des enregistrements effectués par Leonard Bernstein pour DG dans les années 1980 (seize disques), l’autre puise dans les copieux catalogues DG et Decca pour nous offrir, en dix-huit disques, une intégrale qui réunit les noms de Kubelik, Solti, Abbado, Boulez, etc.

En seize disques

Emi, de son côté, nous offre sa propre intégrale en seize disques. Symphonies, lieder avec orchestre, lieder de jeunesse, rien ne manque : ni le mouvement de Quatuor avec piano en la mineur, seul fragment qui subsiste des œuvres de musique de chambre écrites par le compositeur à la fin des années 1870 ; ni Blumine, qui faisait partie de la Première Symphonie, du temps où elle était encore un poème symphonique intitulé Titan. Bien sûr, Das klagende Lied est donné ici dans sa version originale en trois parties et, à l’autre bout du voyage, la Dixième Symphonie est présentée dans la version achevée par le musicologue anglais Deryck Cooke. On pourra simplement regretter que manque l’opéra Die drei Pintos, abandonné en cours de route par Weber et achevé avec beauté d’intuition par Mahler (il est vrai que le seul enregistrement disponible, signé Gary Bertini, a été gravé chez RCA).

On imagine la perplexité des responsables artistiques quand il s’est agi de choisir telle ou telle version de chaque œuvre ; car le catalogue Emi foisonne de richesses, et il sera toujours possible d’applaudir à tel choix ou de regretter tel autre, sachant qu’en la matière l’arbitraire est la seule loi possible.

Retrouver les timbres

On se réjouira bien sûr de retrouver le timbre étreignant de Kathleen Ferrier (dans les Kindertotenlieder enregistrés avec Bruno Walter en 1949) ou la noblesse incomparable de Christa Ludwig (notamment dans le célèbre Chant de la terre enregistré avec Otto Klemperer et le ténor on ne peut plus sensible qu’était Fritz Wunderlich). Un cran au-dessous on citera Janet Baker mais aussi Dietrich Fischer-Dieskau, qui peut paraître parfois bien affecté (Lieder eines fahrenden Gesellen). Le plus crispant de tous ces choix est sans doute cette version des Lieder des Knaben Wunderhorn dans laquelle une voix de femme et une voix d’homme se partagent certaines pièces, brisant toute l’unité de ces mondes en réduction que sont les lieder de Mahler. Schwarzkopf et Fischer-Dieskau, ainsi, dialoguent aimablement dans le sublime « Wo die schönen Trompeten blasen » dont il reste bien peu de l’insoutenable douceur.

Quelques pépites côté chefs

Côté chefs, on retrouvera quelques pépites : la Première Symphonie par Giulini (1971), magnifique d’équilibre, la Quatrième par le toujours inspiré Horenstein (1970), la Sixième et la Neuvième par Barbirolli (1964 et 1967). Moins convaincants sont les Cinquième et Huitième par Tennstedt, un chef un peu oublié aujourd’hui, dont le sens de la poésie n’était pas la vertu dominante. Simon Rattle est heureusement très présent, avec sa fougue et sa précision qui auraient enchanté Mahler (Das klagende Lied, Troisième, Septième et Dixième symphonies).

On ajoutera que le coffret nous offre en prime un véritable florilège avec en tout neuf versions de l’ineffable lied Ich bin der Welt abhanden gekommen (avec voix d’homme ou de femme, piano ou orchestre) qui permettent de mesurer toute la palette d’interprétations que permet la musique de Mahler. Toujours instructif, parfois frustrant, souvent près des sommets, ce coffret est un double hommage à un créateur et à l’art de l’interprétation.

Mahler, The Complete Works : intégrale des œuvres du compositeur. 16 CD Emi 50999 6 08985 2 4. Avec Elisabeth Schwarzkopf, Margaret Price, Christa Ludwig, Janet Baker, Kathleen Ferrier, Fritz Wunderlich, Ian Bostridge, Dietrich Fischer-Dieskau, Thomas Allen, Otto Klemperer, Carlo Maria Giulini, Sir John Barbirolli, Jascha Horenstein, Sir Simon Rattle… 30 euros environ .

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