Arthur Stockel et le Quatuor Hanson à la salle Cortot le 3 mars

Éloge de la clarinette

Arthur Stockel et le Quatuor Hanson nous rappellent, avec Mozart et Weber, que la clarinette et les cordes composent un ménage on ne peut plus harmonieux.

Éloge de la clarinette

« SA VOIX EST CELLE DE L’HÉROÏQUE AMOUR », DISAIT BERLIOZ de la clarinette. Il ajoutait : « C’est celui, de tous les instruments à vent, qui peut le mieux faire naître, enfler, diminuer et perdre le son. De là la faculté précieuse de produire le lointain, l’écho, l’écho de l’écho, le son crépusculaire. » Cette démonstration des possibilités techniques et expressives de la clarinette, nous l’avons eue le 3 mars au cours d’un concert donné dans la merveilleuse (par ses proportions et son acoustique) salle Cortot. Au programme : les Phantasiestücke op. 73 écrits par Schumann pour clarinette et piano, ici donnés dans un arrangement pour clarinette et quatuor à cordes signé Jonathan Keren, qu’il est possible d’oublier, tant le quatuor ne fait que soutenir le soliste sans jamais exister à part entière, et surtout les Quintettes écrits par Mozart et Weber.

De ces deux œuvres splendides d’inspiration, Arthur Stockel et le Quatuor Hanson nous offrent des versions d’un allant, d’une tendresse et d’une précision à toute épreuve. Ils sont tous debout (sauf le violoncelliste) et font assaut de fantaisie pour nous offrir, de Mozart, un premier mouvement d’une grande chaleur (ce qui ne veut pas dire que les trois autres soient pétrifiés !), et, de Weber, un mouvement lent dont on n’a jamais à ce point perçu la douleur, voire le tragique, et un scherzo on ne peut plus fantasque, joueur, spirituel.

L’art du chant

L’excellent Quatuor Hanson se montre valeureux, même si l’on devine qu’il gagnera en cohésion au fil des saisons et que son premier violon fera preuve d’une plus grande stabilité rythmique et d’un son plus assuré. En attendant, mais Arthur Stockel, clarinette solo de l’Orchestre philharmonique de Luxembourg, emporte notre adhésion par son phrasé, sa maîtrise du souffle, sa capacité d’aller du pppp le plus impalpable au ff le plus glorieux, sa virtuosité bien sûr, son art du chant.

Devant un public à la fois complice, recueilli et attentif (ce qui n’est pas toujours le cas dans les salles de concert…), les voici, en guise de bis, qui nous offrent Stompin’ at the Savoy, un standard du jazz arrangé pour eux par Philippe Maniez, qui monte sur scène, en toute simplicité, jouer des percussions. Le quatuor s’accroche à la rythmique, Simon Dechambre utilise son violoncelle comme une contrebasse, Jules Dussap (violon II du quatuor) entame un solo débridé, Arthur Stockel n’oublie pas que Benny Goodman et Michel Portal abordaient aussi bien le Concerto de Mozart que les improvisations les plus fiévreuses. Tant de grâce au service de la bonne humeur nous ravit*.

Illustration : Arthur Stockel et le Quatuor Hanson au sommet (photo Clara Evens)

* Arthur Stockel vient d’enregistrer le Quintette avec clarinette et les deux Concertos pour clarinette de Weber, en compagnie du Quatuor Hanson et de l’Orchestre philharmonique du Luxembourg sous la direction de Leo McFall (1 CD Aparté).

Schumann : Phantasiestücke op. 73 (arrangement de Jonathan Keren) ; Mozart : Quintette avec clarinette K 581 ; Weber : Quintette avec clarinette op. 34. Arthur Stockel, clarinette ; Quatuor Hanson. Salle Cortot, 3 mars 2025.

A propos de l'auteur
Christian Wasselin
Christian Wasselin

Né à Marcq-en-Barœul (ville célébrée par Aragon), Christian Wasselin se partage entre la fiction et la musicographie. On lui doit notamment plusieurs livres consacrés à Berlioz (Berlioz, les deux ailes de l’âme, Gallimard ; Berlioz ou le Voyage...

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