Faust de Gounod à l’Opéra-Comique jusqu’au 1er juillet

Éclatant retour aux sources

Quand la version originale de Faust, sous forme d’opéra-comique, bénéficie d’une représentation parfaite à tous égard.

Éclatant retour aux sources

L’OPÉRA-COMIQUE SE DISTINGUE DÉCIDÉMENT, présentant l’état original du Faust de Gounod tel qu’il fut créé le 19 mars 1859. Il s’agissait alors, comme il se doit (au Théâtre-Lyrique, ancêtre de l’Opéra-Comique), d’un opéra-comique pourvu de dialogues parlés, qualifié de « demi-genre ». La reconstitution de cet état original est revenue à Paul Prévost avec l’aide de Gérard Condé (assorti d’une nouvelle édition de la partition chez Bärenreiter), sous l’égide du Palazzetto Bru Zane. Cette version avait fait l’objet d’un concert au Théâtre des Champs-Élysées en 2018, suivi d’une gravure au disque (Bru Zane Label, collection « Opéra français »). Il était temps de la présenter dans la forme théâtrale qu’elle requiert, ce à quoi s’est attaché l’Opéra-Comique, comme de juste, reprise d’une série de représentations à l’Opéra de Lille.

Disons d’emblée que la réussite est au rendez-vous. En un prologue et quatre actes (pour une durée de trois heures trente !), l’état de l’œuvre ainsi renouvelée séduit. On comprend le mot de Berlioz, qui assistait à la première : « Faust est à coup sûr le succès du lendemain. » Il ne savait pas si bien dire ! Mais si Faust a effectivement connu par la suite une gloire ininterrompue, pour devenir (dans sa version transformée en opéra) avec Carmen l’opéra français le plus joué, sa version primitive diffère essentiellement de l’œuvre telle qu’on la connaît. Elle s’apparente à la pièce d’opéra célèbre pour ses passages les plus significatifs mais avec des variantes souvent attractives. Les incohérences de l’état final disparaissent peu ou prou (dont le « Veau d’Or » ou le « Chœur des soldats »), au point que l’on peut préférer cette version. Dans la forme et dans l’esprit, celui d’un opéra de demi-caractère, elle s’accorde d’une trame légère (sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré qui enfile les perles de ses bijoux) par rapport au drame de Goethe, quand bien même son final tragique demeure. Les dialogues parlés (dits même par le chœur), parfois sous forme de mélodrame (sur l’orchestre) conviennent alors tout à fait à ce contexte théâtral.

Un sans faute !

À l’Opéra-Comique, se retrouvent les participants de la production lilloise. C’est ainsi que le plateau vocal s’épanche au mieux, par les voix et le jeu scénique des plus adaptés de Julien Dran (Faust), Vannina Santoni (Marguerite), Jérôme Boutillier (Méphistophélès), Lionel Lhote (Valentin), Juliette Mey (Siebel), Marie Lenormand (Dame Marthe) et Anas Séguin (Wagner). Un sans faute ! Le chœur de l’Opéra de Lille intervient en juste phase. Alors que l’Orchestre national de Lille soutient le tout dans de beaux coloris sous la battue vigilante de Louis Langrée.

La mise en scène de Denis Podalydès campe pour sa part l’action et ses déroulements de façon significative. Assorti des décors abstraits mais changeants d’Éric Ruf et des beaux costumes (d’époque, c’est-à-dire XIXe siècle) de Christian Lacroix, sous les lumières variées de Bertrand Couderc et quelques acrobaties bien dansées (dans la chorégraphie de Cécile Bon), le spectacle illustre au mieux le propos. Et le public lui fait un triomphe mérité.

Illustrations : en haut, Julien Dran (Faust), Vannina Santoni (Marguerite), Jérôme Boutillier (Méphistophélès), Marie Lenormand (Dame Marthe), Alexis Debieuvre, Léo Reynaud (comédiens) ; en bas, Juliette Mey (Siebel), Alexis Debieuvre, Léo Reynaud (comédiens). Photos Stefan Brion

Gounod : Faust, version originale opéra-comique. Avec Julien Dran (Faust), Vannina Santoni (Marguerite), Jérôme Boutillier (Méphistophélès), Lionel Lhote (Valentin), Juliette Mey (Siebel), Marie Lenormand (Dame Marthe) et Anas Séguin (Wagner) ; Chœur de l’Opéra de Lille, Orchestre national de Lille, dir. Louis Langrée. Denis Podalydès (mise en scène), Éric Ruf (décors), Christian Lacroix (costume), Bertrand Couderc (lumières), Cécile Bon (chorégraphie). Paris, Opéra-Comique, 21 juin 2025. Prochaines représentations : 23, 25, 27, 29 juin et 1er juillet.

A propos de l'auteur
Pierre-René Serna
Pierre-René Serna

Journaliste et musicographe, Pierre-René Serna entretient plusieurs activités paramusicales (organisation de colloques, rédaction de programmes de concerts et d’opéras, conférences, production d’émissions radiophoniques) et collabore à différents...

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