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Critiques / Théâtre

Du plaisir d’être dictateur

par Stephen Bunard

Réflexion sur le pouvoir

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Pascal Coulan proposait samedi 28 janvier dans la nouvelle petite salle du théâtre des Célestins à Lyon une lecture de sa dernière pièce Du plaisir d’être dictateur. Coulan ? Vous voulez dire l’humoriste qui promenait sa bouille avenante à Avignon l’été dernier pour son one-man show Le plus drôle de moi-même à La Tâche d’Encre ? Pour ceux qui l’ignorent ou feindraient de l’ignorer, Coulan n’en est pas à sa pièce d’essai. Sous les draps, une réjouissante comédie sur le couple qui
se passe in extenso dans un lit et qui fut écrite il y a environ cinq ans, fut même reprise par une célèbre compagnie roumaine sur Avignon l’an dernier.

Pierre Bianco, interprète hors catégorie

Coulan, donc, livre ici une intéressante réflexion sur le pouvoir qui doit beaucoup à l’idée de départ - le retour du dictateur et le risque de la banalisation par le temps qui passe - et au charisme du comédien. Pierre Bianco, interprète hors catégorie, prête sa physionomie replète et rassurante à un dictateur sur le retour, vieillard inoffensif et un brin bougon. Quelle subtilité dans la profondeur, la variété et la justesse des registres ! Bianco oxymorise à souhait son interprétation : inquiétante sympathie, cynisme patelin, mauvaise foi parfaitement assumée... Bianco ne se glisse pas dans son personnage de dictateur, il EST le personnage et donne un relief saisissant au texte. D’ailleurs, cette lecture n’en est pas vraiment une, c’est une mise en espace intelligente, évoquant une réunion publique, une tribune face à son public, une répétition avant son procès, une hallucination de vieillard dans une geôle, nul ne sait ; elle est en tout cas servie sur fond musical par le timbre grave du violoncelle. Les autocrates ont souvent l’âme hypersensible, c’est bien connu.

A la fois intemporel et contemporain

Malgré quelques longueurs dues à des répétitions, Pascal Coulan réussit l’exercice d’équilibriste qui consiste à donner un tour intemporel et néanmoins contemporain à une époque où tout semble avoir été écrit sur le sujet. Si l’on peut discuter sur le bien-fondé des allusions parasites au couple chiraquien, certains sujets méritent d’être abordés. Exemple, la compromission de certains artistes qui soutiennent des politiques étrangers et dont les convictions sont monnayées sans scandale, les médias tantôt diserts, tantôt taiseux, souvent à la botte du pouvoir, les stratégies des publicitaires qui transforment les politiciens en marques, la nostalgie du peuple pour les régimes autoritaires (pensez à l’Ostalgie berlinoise)...

Des fantoches paternalistes

Si Bianco a des allures de Pinochet, il campe aussi ces fantoches paternalistes "Papy nation", à la tête d’autocraties légitimées par le peuple. L’actualité en Russie et en Chine est à cet égard éloquente. Et la communauté internationale, les chefs d’Etats de démocraties sont contraints d’avoir profil bas. Extrait : "Je mangeais avec eux, je riais avec eux, je badinais avec eux, je me pavanais avec eux, dans leurs jardins présidentiels, aussi dans les miens, les vôtres, je m’empiffrais avec eux, m’enivrais avec eux, j’écoutais leurs conneries, je leur souriais, je pissais avec eux dans les chiottes de l’ONU et je dansais avec leurs femmes." Dommage que le débat initialement prévu avec Amnesty International ait été escamoté, car entre totalitarismes, autocraties, dictatures et démocraties factices sur tous les continents du monde, la tentation est grande de céder à la facilité et de faire par exemple de Bush, que nous ne portons pas dans notre coeur, un dictateur (comme entendu dans le public).

Théâtre des Célestins, Lyon, première lecture le samedi 28 janvier à
15h.

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