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Des femmes, Les Trachiniennes, Antigone, Electre de Sophocle.

par Corinne Denailles

Une mise en scène rock’n roll

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Le Québécois Wajdi Mouawad revient au festival d’Avignon après avoir enflammé le public de la Cour d’honneur avec sa trilogie fleuve Le Sang des promesses composé de trois pièces, Littoral, Incendies, Forêt. Nourri de Sophocle, le metteur en scène revient à cet auteur qui lui a donné envie d’écrire, dit-il, pour mettre ses pas dans ceux du poète grec dont il entend monter les sept tragédies qui nous sont parvenues. Une manière de trouver écho « au désenchantement du monde […] Le siècle de Sophocle comprend que le monde est souffrance, douleur et indifférence des dieux. Evoquer la chute des innocences me touche profondément, tant elle me semble au cœur de chagrins de notre époque ». Pour ce premier volet, Wajdi Mouawad a choisi de réunir les pièces dont les femmes sont les héroïnes, victimes et rebelles, déclinant ainsi les destins des Trachiniennes, d’Antigone et d’Electre. Disons-le d’emblée, ce spectacle n’a pas la magie ni la force du Sang des promesses, cette saga personnelle qui brassait l’épique et le tragique et dans laquelle la mise en scène et le texte faisaient corps, mots et images jaillissant comme lave en fusion.

L’ouverture touche à l’essence du tragique

Des femmes est mis en scène dans une scénographie rock’n roll un peu trash, résolument éloignée de l’esprit d’Epidaure. Craignant, dit-il, le pléonasme avec ce lieu mythique de la carrière Boulbon qui évoque naturellement un théâtre antique, il a rompu délibérément ce lien en créant un plateau étroit encombré. Le tragique devra dès lors naître des signes instaurés par la mise en scène. Et c’est parfois magnifiquement réussi, comme l’ouverture du spectacle, où dans la nuit étoilée, venus de l’extérieur de l’enceinte, s’avancent les comédiens, en file indienne, d’un pas lent et solennel, vêtus de costumes neutres. Comme au ralenti, ils investissent le plateau envahis de chaises, s’installent serrés les uns contre les autres en silence, et quand la pluie diluvienne se met à tomber sur la bâche étendue au-dessus de leur tête, c’est le signe annonciateur du début de la tragédie.

Que d’eau, que d’eau !

Si cette première image est de toute beauté, l’usage qui est fait de l’eau tout au long du spectacle finit malheureusement par lasser. Son emploi excessif désamorce sa valeur symbolique de libation, de purification des humeurs, des passions boueuses qui souillent les corps et les âmes. On s’asperge beaucoup, on se déverse des seaux d’eau sur la tête, on va même jusqu’à user d’un extincteur dont le jet éteint le feu qui brûle les personnages, et les lave de la boue qui macule leur corps. On s’agace jusqu’à cette scène lumineuse qui en justifie l’usage où Electre (Sara Llorca), découvrant que celui qui lui parle n’est autre que son frère Oreste venu la venger. Heureuse et libérée de son tourment, elle saute dans un haut baquet plein d’eau où elle s’ébroue joyeusement, et rit et exulte d’une joie dionysiaque, retrouvant dans cette libération sauvage son innocence d’enfant. C’est magnifique.

Marie-Eve Perron et Sara Llorca, deux figures tragiques

Sara LLorca donne à Electre une épaisseur et une énergie qu’on a vainement attendue chez la chétive Antigone de Charlotte Farcet et chez la Déjanire anémiée de Sylvie Drapeau dans les Trachiniennes. Du côté des femmes Véronique Nordey tire bien son épingle du jeu dans son interprétation de Tirésias et surtout Marie-Eve Perron dans le rôle de la confidente de Déjanire qui aurait fait une belle Antigone. Dans l’ensemble les comédiens s’emparent avec plus ou moins de bonheur de la nouvelle traduction de Robert Davreu dont la simplicité et la fluidité séduit d’abord puis déçoit un peu à force d’être trop lisse quoique parfois d’une belle musicalité poétique.

La voix du chœur

La belle surprise de ce spectacle, c’est le chœur mis en musique et chanté par Bertrand Cantat. Au-delà des polémiques que ce choix a suscité et dont il n’est pas le lieu ici de débattre, Mouawad a eu une intuition géniale et un sens aigu de l’actualisation, en imaginant cette transposition qui s’avère d’une justesse confondante et émouvante. Quand le chant grave et modulé de Cantat s’élève dans la nuit de Boulbon, on frissonne, pénétré jusqu’au cœur par cette douce complainte, ce baume apaisant et consolateur et chant tragique universel.

Des femmes, Les Trachiniennes, Antigone, Electre de Sophocle. Traduction, Robert Davreu. Mise en scène, Wajdi Mouawad. Scénographie, Emmanuel Cloclus. Musique, Bertrand Cantat, Bernard Falaise, Pascal Humbert, Alexander MacSween. Lumière, Eric Champoux. Son, Michel Maurer. Costumes, Isabelle Larivière.
Avec Olivier Constant, Sylvie Drapeau, Bernard Falaise, Charlotte Farcet, Raoul Fernandez, Pascal Humbert, Patrick Le Mauff, Sara Llorca, Alexander MacSween, Marie-Eve Perron. Durée : 6 heures.

Textes publiés aux éditions Acte Sud-Papiers

photo Christophe Raynaud de Lage

Tournée
17-25 septembre 2011, Nantes, Grand T
28 septembre-2 octobre, Genève, théâtre de Genève
5-8 octobre, Brest, Quartz
12-15 octobre, Reims, Comédie de Reims
2-5 novembre, Bourges, Maison de la culture de Bourges
9-19 novembre, Lyon, au Célestins-Théâtre de Lyon
23 novembre-18 décembre, Nanterre, Théâtre Nanterre-Amandiers
11-15 janvier 2012, Mons, Manège
18-22 janvier, Namur, Théâtre royal de Namur

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1 Message

  • Un texte bien traduit mais parfois dit sans aucun sens de finesse.
    Les femmes sont toutes présentes mais il faut signaler aussi quelques hommes parmi eux un excellent Creon (Patrick Le Meuff vu dans d’autres pièces de Mouawad) et un non mois présent Coryphee dans "Antigone" (Raoul Fernandez vu dans "Le Funambule" de Genet)>
    La scenographie est imposante mais sans un vraie partis pris et les costumes sont trop neutre qui font perdre du caractère aux personnages.

    repondre message

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