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Contes d’Eugène Ionesco

par Corinne Denailles

Absolument délicieux

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La petite Josette a des parents souvent insaississables, surtout sa mère. Le père c’est autre chose. Il cherche par tous les moyens à échapper à sa fille mais quand il lui consacre un moment, il est le plus grand raconteur d’histoire du monde. Le papa de Josette a l’art de raconter des histoires comme seuls les enfants savent le faire. Avec lui les objets changent de nom au doigt et à l’œil et tout le monde s’appelle Jacqueline. Il abat les murs de la chambre transporte sa fille dans une rêverie extravagante, un voyage en imaginaire, la menotte de sa petite fille au chaud dans la sienne. La mère est absente, chez sa mère, mais on ne lui téléphone pas, au cas où elle n’y serait pas… Avec lui, Josette vit des aventures extraordinaires, en particulier un voyage en avion qui les conduit sur la lune et le soleil, aller-retour, comme vous n’en avez jamais imaginé ; de retour juste à temps pour le déjeuner et pour se faire sermonner par la mère : « tu vas la rendre idiote avec tes bêtises ». C’est l’un des contes que Ionesco a écrit pour les enfants. On y retrouve les procédés d’écriture et le goût pour l’absurde qui met en vrille la normalité, passé au filtre d’un esprit d’enfance poétique et farceur qui, au passage, délivre quelques messages subliminaux de la plus grande subtilité.

La mise en scène tourbillonnante d’Emilie Chevrillon s’inscrit dans le droit fil de l’écriture de Ionesco. Ce sont les deux excellents acteurs, Jacques Bourgaux (en alternance avec Brock) et Pauline Vaubaillon qui font tout advenir, mettant en jeu, sans ménagement la voix et le corps. Ils sont les artisans des images, des sons, des bruitages sur le mode des récits que font les enfants avec les moyens du bord et une imagination débordante. C’est comme si on entrait dans leur tête, installés aux premières loges d’une histoire en train de s’inventer. Et puisque les objets peuvent changer de nom à volonté, alors le téléphone devient jumelles, cloches, encensoir, le lit se transforme en vêtement, et parfois les objets mettent dehors les personnages pour dialoguer en direct, en une sorte de métonymie théâtrale, tels la coiffe blanche de la domestique et la pipe du père, qui peut très bien être une clef au besoin. Et pourquoi non ? Jacques Roubaux (ou Brock) est le papa de Josette mais aussi la domestique à l’accent anglais. Pauline Vaubaillon est formidable. Dans son pyjama en pilou à carreaux écossais, elle ne fait jamais l’enfant et quand elle fait le pitre c’est très sérieusement avec une économie de moyen à la Buster Keaton ; l’air vaguement étonné, l’œil qui frise, le sens du rythme, elle dégage une véritable grâce de danseuse dans un corps poétique qui n’a pas tout à fait renoncé à l’enfance. Elle ne joue pas sur les ressorts comiques classiques et pourtant elle déclenche le rire, un rire de tendresse et de complicité. Un de ces spectacles pour enfants qui régalent les parents, aussi. A partir de 6 ans.

Contes d’Eugène Ionesco, mise en scène Emilie chevrillon, scénographie Coralie Maniez ; avec Jacques Bourgaux, en alternance avec Brock, et Pauline Vaubaillon. Au théâtre Poche-Montparnasse, mercredi et samedi à 15h jusqu’au 28 avril ; du 28 avril au 12 mai, du mardi au samedi. 01 45 44 50 21.
www.theatredepoche-montparnasse.com

Photo Alexandro Guerrero

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