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Chez Berlioz à La Côte-Saint-André (1)

par Christian Wasselin

Bruno Messina signe sa dixième édition à la tête du Festival Berlioz. Avec à l’horizon la célébration des 150 ans de la mort du compositeur, qui s’est éteint le 8 mars 1869 à Paris.

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Mars 1869 ? Bruno Messina a trouvé plus simple de célébrer cet anniversaire en deux fois, de part et d’autre de la date fatidique. C’est pourquoi, en toute logique, cette première moitié de cent-cinquantenaire s’ouvrait-elle, après un bal contrebandier et un feu d’artifice, par le Requiem de Berlioz, dans l’interprétation du Jeune Orchestre européen Hector Berlioz. Cette formation, depuis que Bruno Messina a repris les rênes du festival en 2009, est l’une de ses grandes réussites : il s’agit d’un orchestre réunissant de jeunes instrumentistes jouant sur instruments d’époque et répétant sous la direction de François-Xavier Roth, dans le cadre d’une académie, en compagnie de quelques musiciens des Siècles (formation fondée en 2003 par François-Xavier Roth).

On sait qu’on peut attendre le meilleur de ce type d’orchestre qui fait jouer des musiciens jeunes mais déjà aguerris et donnant le meilleur d’eux-mêmes. Cette année, c’est donc le Requiem qui était à leur programme. Créée en 1837, cette œuvre a longtemps souffert des trompettes de sa renommée : réputée bruyante et démesurée, elle fait a contrario l’objet de bien des interprétations timorées, qui en prétendant restituer le souci d’intimité qui l’habite, en gomment les fulgurances. Avec François-Xavier Roth, il n’est question ni d’outrance, ni de timidité. Le chef prend à bras-le-corps la partition, et communique à son jeune effectif son seul et unique souci : donner à entendre la partition telle qu’elle est écrite. Effectif (douze contrebasses, quatre flûtes, douze cors, huit timbaliers, etc.), disposition des instruments (violons de part et d’autre du chef, contrebasses à sa gauche, cors devant lui, à portée de main, etc.), attaques incisives, précision et lyrisme, tout fait de l’approche de Roth, qui d’année en année devient un champion de la musique de Berlioz, un modèle du genre. Derrière l’orchestre, un vaste ensemble choral réunissant le chœur de chambre Spirito, le Jeune Chœur symphonique, le Chœur d’oratorio de Lyon et le Chœur régional d’Auvergne, est prêt à affronter les assauts de l’orchestre.

Dépaysant et panique

Le concert a lieu dans la cour du château Louis XI de La Côte-Saint-André, dans un dispositif plusieurs fois amélioré mais qui n’a rien d’une salle de concert. Aussi, il faut quelques minutes avant que l’oreille s’accoutume à l’acoustique. Au début, le chœur est d’une telle présence que l’orchestre paraît lointain : on voit les contrebasses, on ne les entend guère, jusqu’à ce que l’équilibre soit retrouvé, ce qui n’empêche pas le chœur, toujours homogène, toujours vaillant, de manquer parfois de nuances : peut-être aurait-il fallu, dans les moments d’introspection comme le « Quaerens me » a capella, ne faire chanter que la moitié des choristes. Mais la prononciation gallicane du latin (« tuba mirome » et non pas « touba miroum ») fait merveille et donne une couleur dépaysante à l’ensemble.

La conception de François-Xavier Roth est plus engagée que contemplative. La tension du « Dies irae » est constante, la fugue sur « Hosannah » jubilante, l’Offertoire est un moment de lyrisme lumineux, exalté, l’un des mouvements les plus réussis avec le splendide « Rex tremendae », ce dernier introduit par des accords impeccables et cuivrés (magnifique pupitre de cors), alors que ce passage est souvent rendu avec un son maigrelet. Dans les moments dramatiques, les quatre orchestres de cuivres (avec ophicléides des années 1840, évidemment !) s’avancent côté cour et côté jardin pour les deux premiers, à une fenêtre dans les hauteurs pour le troisième, derrière le public pour le dernier. Instants tumultueux, toujours clairement articulés, même si on n’a pas le temps de goûter mesure après mesure la fin panique du « Lacrymosa », pris très rapidement, qui nous décoiffe plus qu’elle nous dresse les cheveux sur la tête.

Le ténor Toby Spence, dans le « Sanctus », chante lui aussi dans les hauteurs, d’une fenêtre ; sa seconde intervention, qui lui a permis de prendre ses marques, est un beau moment de concentration avec des cymbales frappées doucement dans la nuit. De même, les flûtes et trombones du début de l’« Agnus dei », repris de l’« Hostias », sont plus assurés, plus majestueux, et nous conduisent vers la poignante série d’« Amen » qui culmine sur un silence très longtemps maintenu par le chef.

Illustration : François-Xavier Roth dirige le Requiem/France 3

Festival Berlioz, La Côte-Saint-André, du 18 août au 2 septembre (www.festivalberlioz.com).

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