Création du 6 au 10 octobre 2026, à La Manufacture des Œillets, au Théâtre des Quartiers d’Ivry, CDN du Val-de-Marne.
C’était notre terre, texte Mathieu Belezi, adaptation Célie Pauthe en collaboration avec Mathieu Belezi, mise en scène Célie Pauthe.
L’oppression coloniale et patriarcale dans la Guerre d’Indépendance algérienne.

Au-delà des humiliations et des silences causés par plus de cent trente ans de colonisation française, C’était notre terre de Mathieu Belezi trace l’histoire d’une famille de colons puissants et de leur nourrice kabyle, frappés par la Guerre d’Indépendance algérienne, soit une demeure cossue entourée de figuiers, bananiers, pins parasols et de leurs terres immenses d’exploitation.
L’adaptation théâtrale de C’était notre terre par la metteuse en scène Célie Pauthe se penche sur cinq figures : Hortense, héritière d’une famille de colons propriétaires depuis plusieurs générations du domaine de Montaigne, dans le nord de l’Algérie. Sa figure altière et attachée à ses privilèges est portée par le jeu tragique de Charlotte Clamens, belle damnée fantasque.
Sur le plateau, revit le passé à l’intérieur de la demeure, entre les meubles de famille remisés : les temps présents et ceux de la Guerre s’y entrechoquent. Marie-Claire (Sofia Teillet) et Claudia (Judith Morisseau) sont les deux filles ; Antoine (Mounir Margoum), le fils. Fatima (Malika Khatir), la nourrice emblématique des trois enfants, qui mène l’action. Ce récit enflammé - théâtre dans le théâtre -, articule toutes les autres voix qui se font entendre.
Dans la posture et la langue de la nurse, l’écho de l’écriture baroque de Mathieu Belezi, à la fois lyrique et dérisoire, tragique et grotesque, résonne des accents poétiques à la Genet, tels ceux des Bonnes, avec ses « Madame ». La parole incantatoire de la servante est libératrice, nommant l’aveuglement et les errances de sa maîtresse à laquelle elle se sait attachée.
Fatima agit en conceptrice scénique du destin familial, exposant des scènes éloquentes entre tel personnage et tel autre, les relations entre elle et Madame, d’autres entre les deux soeurs, entre la maîtresse de maison et l’oncle Jules qui descend vivant de son portrait en majesté, et des solos du frère qui prend la parole pour s’adresser aux siens, expliquant son opposition à un père tyrannique : il est le seul à trahir son camp et à collaborer avec le FLN, arrêté et torturé à mort par l’armée française. Est évoqué un événement tragique de la guerre de conquête, l’enfumade des grottes du Dahra en 1848.
L’ordonnancement polyphonique se double d’une aura fantastique, par-delà la cruauté et la folie coloniales que la pièce interpelle, la scène est traversée par les vivants et les morts, les vaincus et les vainqueurs, les fantômes - ces absents toujours présents - qui exigent justice ou réparation, d’autres le pardon. La porosité s’exerce entre défunts et non-défunts, mais aussi entre arbres, insectes, oiseaux, couleurs du ciel, la vie en circulation, d’autant que sur le mur de lointain s’accomplissent les peintures anti-réalistes de Kamel Khélif - traits noirs et blancs pour paysages amples et figures énigmatiques.
La part belle est donnée aux figure féminines, toutes victimes de la violence patriarcale - épouse, filles et servante encore -, les premières, héritières d’un racisme structurel ambiant, puis soumises, quand elles ont fui plus tard l’Algérie, à la douleur sans consolation d’un déracinement irréversible, des pieds noirs échoués, et la dernière touchée de plus par la violence coloniale.
Une écriture attachante, une mise en scène sobre et précise dans ce va-et-vient de figures présentes et d’outre-tombe, et des interprètes vifs et de qualité, engagés et significatifs, soit le beau retour apprécié d’un théâtre d’art.
C’était notre terre, texte Mathieu Belezi, adaptation Célie Pauthe en collaboration avec Mathieu Belezi, mise en scène Célie Pauthe. Avec Charlotte Clamens, Malika Khatir, Mounir Margoum, Judith Morisseau, Sofia Teillet, collaboration artistique Denis Loubaton, scénographie Aliénor Durand, peintures Kamel Khélif, lumières Sébastien Michaud, création sonore et musicale Aline Loustalot, costumes Anaïs Romand et Laurianne Scimemi, images François Weber. Création du 6 au 10 octobre 2026, à La Manufacture des Œillets, au Théâtre des Quartiers d’Ivry, CDN du Val-de-Marne, www.theatre-quartiers-ivry.com. Tournée, Le 3 novembre 2026 L’Équinoxe – Scène nationale de Châteauroux. Du 20 au 25 novembre 2026 Comédie de Genève. Les 1er & 3 décembre 2026, Théâtre La Colonne - Miramas. Le 10 décembre 2026 Le Moulin du Roc – Scène nationale de Niort. Du 3 au 7 février 2027 – Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis Bobigny. Les 12 et 13 février 2027 Châteauvallon-Liberté – Scène nationale - Toulon.
Crédit photo : Jean-Louis Fernandez



