Du 30 septembre au 11 octobre, lundi au vendredi 19h30, samedi17h, dimanche 15h, relâche mardi,Théâtre Gérard Philipe, CDN de Saint-Denis.
Bientôt le jour, conception, écriture et mise en scène Julie Bertin - Le Birgit Ensemble.
Des moments qui décident d’une vie.

Un téléphone enregistreur est placé successivement devant des chaises face au public où viennent s’asseoir les protagonistes de cette pièce, parlée et dansée, vécue et imaginée, qui mêle le monde et l’intime.
Julie Bertin expose dans sa présentation du spectacle sa démarche, née de la lecture de Georges Didi-Huberman de sa notion de « soulèvement intime », quand un être se dresse contre ce qui l’empêche d’être lui-même, l’instant de bascule et de révolte contre le mal-être, l’injustice… Elle a ainsi collecté la parole de personnes dans divers pays, à un moment donné, qui ont décidé de rompre avec un milieu souvent pathogène, hostile à leur désir, au risque de leur sécurité à tout le moins, de perdre ceux qu’ils aimaient, de leur vie souvent.
Alors successivement, sept comédiens porteurs de ces paroles se présentent sur la scène. Ils vont se croiser sans se connaître dans un ballet savamment orchestré quand l’un disparaît de la lumière, un autre prend sa place. La pièce est rythmée par ces moments de leur vie, qui s’enchainent parfaitement.
Monika (Caroline Arrouas), autrichienne, met dehors un mari toxique, restant avec la fille qu’il voulait lui enlever. Eduardo (Robin Causse), espagnol, fuit son village d’Estrémadure et ses parents qui le destinent à un mariage et à reprendre l’épicerie locale, pour se trouver et trouver l’amour à Madrid. Anastasia (Loïc Rewer), américaine, quitte la communauté évangélique dans laquelle elle a grandi avec ses frères et sœurs et un dieu de punition et d’enfermement qu’on lui impose. M (Fareen Aslam), indienne de Goa, abandonne sa famille, un père, « la plus grande démocratie du monde » pour simplement épouser Rohan.
Ce travail minutieux mène le spectateur vers l’intensité émotionnelle incisive de ces moments de bascule. Les objets comme la matière jouent leur rôle. Un mur de fond mordoré mais oppressant qui semble se cribler peu à peu de larges tâches blanches comme des trouées dans la pesanteur, permet d’accrocher des objets symboliques comme un crucifix, un téléphone …, une porte s’ouvre vers l’ailleurs. Un filet rouge, celui des arbres à bois de rose qu’on abat pour les exporter vers la Chine plus ou moins légalement. Amadou (Heza Boto) se penche sur ce filet de sang qui coule le long du mur et sur la terre des ancêtres, humiliée et abimée, il devra se réfugier au Sénégal après avoir dénoncé un trafic gangrénant toutes les strates d’une nation.
Le jeu avec les objets, avec les chaises particulièrement, qui fait penser au Café Müller de Pina Bausch, s’accompagne d’une chorégraphie. Le sol est de terre foncée mais devient sable quand Roberta (Gaia Singer), l’italienne, s’allonge devant la mer et entend des paroles anodines décidant de sa rupture avec mari et enfant.
Les langues car chacun des interprètes bilingues dit en partie le texte dans la langue de la personne incarnée, participent de cette impression de musicalité chorégraphiée, Le français est le moins distinct, porté par Maxime (Morgane Nairaud) adolescent difficile et qui s’échappe du Centre Educatif Fermé pour voir la mer. Il est perpétuellement en marge de la scène centrale, on apprendra que sa fuite n’a jamais eu lieu.Tous ces moments de bascule ne sont pas tous libérateurs comme le confessent les intéressés reprenant leur position initiale face au public.
Bientôt le jour est précieusement ourlé dans ses multiples facettes et ses sept interprètes se fondent avec grâce dans la parole d’hommes et de femmes qui voulurent un jour changer leur vie.
Bientôt le jour, conception, écriture et mise en scène Julie Bertin - Le Birgit Ensemble, dramaturgie Guillaume Clayssen, Lucas Samain, scénographie James Brandily, chorégraphie Lucía García Pullés, lumière Jérémie Papin, son Lucas Lelièvre, conseil vidéo Pierre Nouvel, costumes Pauline Kieffer, avec Caroline Arrouas, Fareen Aslam, Heza Botto, Robin Causse, Morgane Nairaud, Loïc Riewer, Gaia Singer. Du 30 septembre au 11 octobre, lundi au vendredi 19h30, samedi17h, dimanche 15h , relâche mardi,Théâtre Gérard Philipe, Centre dramatique nationale de Saint-Denis, 59 Bd jules Guesde 93200 Saint-Denis, Tel : 01 48 13 70 ,wwwtheatregerardphilipe.com.
Du 15 au 17 octobre 2026, Maison des Arts et de la Culture André-Malraux (MAC), scène nationale, Créteil, les 18 et 19 novembre, Le Grand R, scène nationale, La Roche-sur-Yon le 8 janvier 2027, La Passerelle, scène nationale de Gap – Alpes du Sud, le 12 janvier, LE ZEF, scène nationale, Marseille, le 15 janvier, Théâtre + Cinéma, scène nationale du Grand Narbonne, les 25 et 26 janvier, Le Bateau Feu, scène nationale, Dunkerque.



