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Critiques / Théâtre

Bien des choses de François Morel

par Karim Haouadeg

Bons baisers de là-bas

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Un simple échange de cartes postales. Quelques lignes, écrites à la hâte ou longuement méditées, empreintes de banalité ou témoignant d’une surprise, d’un étonnement, d’une incompréhension. Quelques lignes envoyées du bout du monde ou de Colombey-les-deux-Églises. Cela peut sembler offrir bien peu de ressources d’un point de vue théâtral. Et pourtant, quel beau voyage nous parcourons en compagnie de ces personnages qui semblent toujours se demander (depuis Montesquieu, les Français n’ont guère changé) comment on peut être Persan.

C’est dans un dispositif scénique extrêmement simple mais remarquablement efficace que se déploie le dernier spectacle écrit et mis en scène par François Morel. Au lointain, un rideau opaque. Côté cour, la petite table à laquelle s’assoit Olivier Saladin. Côté jardin, celle de François Morel. Toutes deux face au public. On imaginerait difficilement décor plus modeste. Quant au texte, il est marqué du sceau de la même modestie. Roger et Madeleine Rouchon écrivent à Robert et Janine Brochon, qui leur répondent parfois. C’est à cet échange de cartes postales que se résume presque tout le texte du spectacle. Mais là encore, modestie ne signifie pas exiguïté. Chacun des textes recèle une perle, une bizarrerie, une trouvaille. Entre banalité et étrangeté, nos couples de Français moyens se révèlent poètes ou philosophes, bien malgré eux. Les Rouchon, partis audacieusement à la découverte du vaste monde, ne rêvent que de retour, se désolent de voir leurs petites habitudes bousculées, regrettent leur train-train quotidien. Les Brochon, restés chez eux, envient leurs amis, attendent avec impatience l’heure de leur propre départ. Et vivent par procuration à Venise ou à Caracas, en Bulgarie ou en Grèce. À signaler en particulier : la séquence consacrée à Avignon, particulièrement drôle et réussie.

S’appuyant sur une complicité déjà ancienne, François Morel et Olivier Saladin se complètent parfaitement. C’est souvent moins la réplique que prononce l’un des deux qui déclenche le rire que la façon dont l’autre réagit : avec naïveté ou rouerie, renchérissant ou désapprouvant bruyamment. C’est d’ailleurs également cette complicité exceptionnelle qui leur a permis dans ce spectacle d’aborder d’autres registres que celui du comique proprement dit. Car ces deux là savent aussi quand ils le veulent bien nous émouvoir, nous toucher, nous attendrir, en évoquant le sort des animaux abandonnés pendant les vacances (avec la complicité de Jean Rochefort) ou l’usure des sentiments dans le couple. Avec même quelques moments de grâce, comme dans la séquence où Olivier Saladin tente d’apprendre à voler à une autruche facétieuse (marionnette manipulée par Olivier Girard). Au total, un spectacle d’une qualité rare, parfaitement équilibré et rythmé : un pur moment de bonheur.

Bien des choses texte et mise en scène de François Morel. Avec François Morel et Olivier Saladin. Marionnettiste : Didier Girard. Scénographie : Claudine Bertomeu. Lumières : Alain Paradis. Au Théâtre du Rond-point jusqu’au 15 juin 2008. Du mardi au samedi à 21h, dimanche 15h30.
Durée : 1 h15.

www.theatredurondpoint.fr

Crédit photo : Brigitte Enguerand.

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