Avignon Off- Théâtre de la bourse du travail jusqu’au 2 août

Antigone selon Henry Bauchau

Un chant tragique

Antigone selon Henry Bauchau

Présentée en 2006, cette adaptation d’Antigone de Henry Bauchau est une belle réussite. On connaît l’histoire malheureuse de celle qui s’opposa à la loi de son oncle Créon pour réparer la honte infligée à son frère tombé au combat et injustement privé de sépulture, la plus cruelle humiliation qui soit en ces temps anciens. Antigone est le figure féminine qui se dresse dans toute sa jeunesse pour dire non. On connaît ce versant. Le texte de l’écrivain belge (prix livre inter 2008 pour Boulevard périphérique) réinvente le personnage, comble les vides dans les interstices du mythe. Après Œdipe sur la route où il imagine le voyage que fit Œdipe de Thèbes à Colone accompagnée par sa fille Antigone, Bauchau s’est intéressé de plus près à ce personnage très charismatique avec lequel il a tissé des liens si forts que leur relation en a acquis une dimension d’une réalité troublante. Il a d’ailleurs écrit, parallèlement à la rédaction du livre, le passionnant Journal d’Antigone. Son Antigone est un texte éminent épique et poétique qui ne se prête pas facilement à la scène et c’est la principale qualité de cette mise en scène que d’avoir su par l’adaptation, les choix scénographiques et la direction d’acteur traduire ces dimensions si propres à l’écriture de Bauchau. Un cercle figure l’espace tragique où se meut Antigone, magnifiquement interprétée par Laure Valles ; sa sœur Ismène (Pauline Hornez) ainsi qu’un musicien, hors le cercle (Mattéo de Bellis), ont aussi une belle présence. Comme un chant antique qui bat au rythme de sa colère, Laure Valles déploie la puissance du personnage, sa fragilité aussi, sa complexité, être sensible et intransigeant, vulnérable, blessé et indestructible dans sa foi dans la justice. L’Antigone de Sophocle croyait en la justice divine, celle d’Anouilh en la justice des hommes. Chez Bauchau, elle échappe à ces catégories pour accéder au registre de la poésie pure et ne représenter qu’elle-même, c’est-à-dire l’humanité. Un spectacle sobre, d’une belle esthétique qui a su trouver la quintessence des lignes de force du récit.

Antigone selon Henry Bauchau, par la compagnie Faim rouge, jusqu’au 2 août au théâtre de la bourse du travail. Tél : 06 33 83 44 42. Durée : 1h15

A propos de l'auteur
Corinne Denailles
Corinne Denailles

Professeur de lettres ; a travaille dans le secteur de l’édition pédagogique dans le cadre de l’Education nationale. A collaboré comme critique théâtrale à divers journaux (Politis, Passage, Journal du théâtre, Zurban) et revue (Du théâtre,...

Voir la fiche complète de l'auteur

Laisser un message

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

S'inscrire à notre lettre d'information
Commentaires récents
Articles récents
Facebook