Adieu, jingling Johnny

Le chef d’orchestre John Nelson s’est éteint le 31 mars dernier. Sa contribution à la défense et illustration de Berlioz est on ne peut plus précieuse.

Adieu, jingling Johnny

JINGLING JOHNNY : C’EST AINSI que les anglophones désignent cet instrument que les Français appellent chapeau chinois ou croissant turc – un instrument que Berlioz a utilisé dans le finale de la Symphonie funèbre et triomphale.

Berlioz fut peut-être le grand amour de la vie de John Nelson, que ses amis appelaient familièrement Johnny, comme disaient Lenny tous ceux qui éprouvaient de l’affection pour Leonard Berstein. Tout a commencé pour lui lorsqu’il était étudiant à la Juilliard School de New York. Il désirait alors monter « quelque chose de grand et d’extraordinaire », lorsque l’un de ses amis lui mit sous les yeux la partition des Troyens, qu’il ne connaissait pas. Une révélation ! L’enregistrement signé Colin Davis, qui venait de paraître, acheva de le convaincre : « J’ai dirigé la première intégrale des Troyens à New York. C’était en 1972, à Carnegie Hall. » Engagé comme assistant de Rafael Kubelik au Metropolitan Opera l’année suivante, Nelson se vit confier la baguette, dès la deuxième représentation, lorsque Kubelik dut renoncer pour raisons de santé. Son destin berliozien était né.

Berlioz au long cours

John Nelson dirigea ensuite Les Troyens à de nombreuses reprises, jusqu’aux ultimes concerts de 2017, à Strasbourg, en compagnie d’une distribution prestigieuse et judicieusement choisie (Marie-Nicole Lemieux, Michael Spyres, Joyce DiDonato et bien d’autres) qui marqua le début d’un vaste cycle d’enregistrements pour Warner comprenant La Damnation de Faust, Roméo et Juliette couplé avec Cléopâtre par Joyce DiDonato, et Harold en Italie avec Les Nuits d’été par Michael Spyres. Seul le Requiem fut enregistré à Londres, dans la cathédrale Saint-Paul, le jour-anniversaire de la mort de Berlioz (8 mars 2019), avec le Philharmonia Orchestra et le fidèle Michael Spyres.

John Nelson avait prévu de graver L’Enfance du Christ, la Symphonie fantastique et sa suite Lélio, mais la maladie et la mort en ont voulu autrement. D’autres enregistrements marquants, toutefois, avaient précédé ceux qu’on vient de citer : le Te Deum, Les Nuits d’été en compagnie de Susan Graham, d’autres Nuits d’été avec David Daniels, un Béatrice et Bénédict comprenant tous les dialogues (dits par des comédiens), et surtout un Benvenuto Cellini enregistré à Radio France, en 2003, avec le Chœur de Radio France, l’Orchestre national de France, Patrizia Ciofi, Joyce DiDonato déjà, Jean-François Lapointe et Laurent Naouri. Ce Benvenuto a fait date car il propose la version dite « Paris 1 » de l’opéra de Berlioz, et permet de se faire une idée précise d’un ouvrage parmi les plus malmenés qui soient.

N’oublions pas Haendel

Tous ces enregistrements forment aujourd’hui une somme qui témoigne d’un engagement passionné que John Nelson a exprimé en dirigeant très fréquemment les grandes œuvres de Berlioz. On ne saurait toutefois réduire son talent à l’interprétation de cette musique. Lui qui n’a jamais pratiqué les interprétations dites « historiquement informées », éprouvait une passion pour Haendel, dont il a notamment enregistré Le Messie et Semele. On se souvient aussi d’une Alcina délicieuse, en 2004, au Palais Garnier, en compagnie de l’Ensemble orchestral de Paris. Car Nelson, après avoir dirigé des formations outre-Atlantique telles que l’Orchestre symphonique d’Indianapolis ou l’Opéra de Saint-Louis, fut de 1998 à 2008 directeur musical de cet ensemble, devenu depuis lors l’Orchestre de chambre de Paris. Il signa plusieurs enregistrements avec cette formation, dont une intégrale des concertos pour piano (avec François-René Duchâble) et des symphonies de Beethoven.

John Nelson aurait souhaité aborder Gluck, une Carmen était même annoncée avec Joyce DiDonato. Le destin a préféré lui permettre de retrouver Berlioz au paradis des musiciens.

Illustration : photo Gregory Massat (photo dr)

A propos de l'auteur
Christian Wasselin
Christian Wasselin

Né à Marcq-en-Barœul (ville célébrée par Aragon), Christian Wasselin se partage entre la fiction et la musicographie. On lui doit notamment plusieurs livres consacrés à Berlioz (Berlioz, les deux ailes de l’âme, Gallimard ; Berlioz ou le Voyage...

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