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Cahiers de vie, textes de Laurent Terzieff réunis par Danièle Sastre
vendredi, 13 janvier 2012

Laurent Terzieff nous a quittés en juillet 2010, alors qu’il interprétait Philoctète de Jean-Pierre Siméon, un rôle qui lui ressemblait tant, lui qui n’avait de cesse de chercher à marier poésie et théâtre : "La vie est par essence poétique et le théâtre est et sera toujours poétique. Le théâtre qui n’est pas poétique ne sera jamais du théâtre. La poésie, pour moi, est au début de l’homme". La réputation d’acteur « mythique » qui lui a collé à la peau est un hommage pervers qui ne raconte rien de la profondeur, de l’intelligence et de la sensibilité de cet artiste d’exception qui savait ce que s’engager veut dire ; Engagement humain et artistique pour faire découvrir les auteurs qui l’ont bouleversé et transmettre la poésie qu’il mettait au-dessus de tout, Rilke le premier. Terzieff était un homme discret d’une infinie délicatesse dans ses relations à autrui et un artiste brûlant d’une foi absolue pour son art qui était toute sa vie et dont la transmission était pour lui essentielle.

Un peu plus d’un an après sa disparition, la parution de cet ouvrage apparaissait comme une promesse de retrouvailles, d’un rendez-vous inespéré. Danièle Sastre a choisi de publier tels quels les 108 carnets de notes qui vont de 1960 à 2000 dans lesquels il a jeté pêle-mêle ses impressions, ses réflexions d’homme et d’artiste, sans souci d’ordre ni de clarté, comme tout carnet de notes qui reçoit la part la plus intime de nous-mêmes. Ce prétendu choix est-il une facilité, le fruit d’une précipitation éditoriale (une relecture attentive eut été utile) ?En tout cas, ces carnets intimes ne pouvaient pas être publiés tels quels (d’ailleurs fallait-il les publier ?) ; n’est-ce pas trahir la mémoire de cet homme infiniment pudique et perfectionniste que de donner en pâture au public ce qui ne peut faire sens sans informations contextuelles, ou pire, ce qui ne le regarde pas (liste de courses, commentaires de relations amoureuses, etc.) ? Des lettres sont publiées, pourquoi pas (encore que…) ? mais à quoi nous sert de connaître des commentaires sur un spectacle qui n’est jamais identifié ? Sans parler de certains textes qu’on ne sait à qui attribuer. Bien sûr, on lit avec bonheur les réflexions souvent lumineuses de Terzieff sur le théâtre, sur les hommes de théâtre, auteurs et metteurs en scène, qui ont compté dans sa vie mais il reste un déplaisant sentiment de travail bâclé et de voyeurisme. Laurent Terzieff méritait mieux. Pour le retrouver tel qu’en lui-même, sa pensée en quête d’absolu, ses doutes, sa ferveur, lisez ou relisez Seul avec tous (écrit avec Marie-Noëlle Tranchant) et allez voir la belle exposition qui lui est consacrée au théâtre du Lucernaire.

Cahiers de vie, textes de Laurent Terzieff réunis par Danièle Sastre, Gallimard.