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Critiques / Théâtre

Une chambre en Inde par le Théâtre du Soleil

par Jean Chollet

Résistance par le rire au chaos du monde

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Cette nouvelle création collective du Théâtre du Soleil est le fruit d’une longue gestation artistique amorcée en début d’année à Pondichéry, à la suite de la présence sur place de son Ecole nomade composée d’une dizaine de comédiens, bientôt rejoints par l’ensemble des membres de la compagnie, techniciens compris. Fidèle à un processus créatif habituel, sous la tutelle de Ariane Mnouchkine, le texte est né, en “harmonie ” avec Hélène Cixous, des improvisations pratiquées au fil des répétitions. Il ne s’agit pas d’un spectacle sur l’Inde, mais de raconter le monde d’aujourd’hui à travers l’histoire d’une troupe en quête d’un renouveau théâtral, bloquée et démunie au bord du golfe du Bengale, après le constat de la disparition de son directeur, Constantin Lear, traumatisé par les attentats de novembre 2015 à Paris. Celui-ci a été aperçu pour la dernière fois escaladant nu une statue du Mahatma Gandhi, avant d’être arrêté par la police. Son assistante, prénommée Cornélia tente de garder le cap, non sans mal, entre rêves cauchemars, pour mener à bien une nouvelle création. Cette situation entraine une plongée tonique, colorée et festive, au coeur des racines du théâtre dans ses origines orientales, qui ont inspirées, entre autres, les créations de Ariane Mnouchkine depuis de longues années.
Mais, dans la “chambre ” d’un Guest House indien à l’esthétique raffinée sans ostentation, offrant de multiples entrées et espaces de jeu, il s’agit surtout cette fois d’une rencontre avec une forme moins connue, le Theru Koothu, théâtre traditionnel et populaire tamoul, voisin du Kahthakali, brillamment représenté depuis plusieurs générations par la troupe de Kalaimamani Purisai Kannappa Sambandan Thambiran, qui contribue ici, avec des interprètes revêtus de magnifiques masques et costumes, à révéler la palette de son art. Il croise les expressions corporelles avec la chorégraphie, les musiques, les chants et les paroles, pour relater certains épisodes du Mahabharata. Cette référence à une forme théâtrale spécifique, s’accompagne malicieusement des apparitions de Shakespeare et du Roi Lear et de Tchékhov accompagné de ses Trois Soeurs, et de séquences vidéo, représentatifs d’une fusion multiculturelle et intemporelle qui constitue l’essence même du théâtre, interrogé ici dans son potentiel à infléchir la marche tumultueuse, souvent terrifiante, du monde d’aujourd’hui.

Au carrefour de la barbarie

A travers cette représentation flamboyante, habitée d’un souffle épique, Ariane Mnouchkine et le Théâtre du Soleil, ont choisi le rire comme moyen salvateur de résistance, en abordant sans manichéisme idéologique certains aspects d’une actualité tragique. Les guerres, en particulier en Syrie et en Irak, les menaces qui pèsent sur l’environnement de la planète, les pesanteurs économiques capitalistes ultralibérales et leurs conséquences, ou les droits de femmes, en convoquant sur le plateau des notables des Emirats d’Arabie Saoudite particulièrement concernés par le sujet. En partant du principe que l’on peut rire (parfois jaune) de tout, notamment lors d’une scène irrésistible invitant au tournage d’un film, les terroristes de Daech et ses kamikazes surtout préoccupés par leurs récompenses célestes, accompagnés d’un prédicateur qui bascule finalement dans un discours humaniste, du côté de Charlie Chaplin et de son “Dictateur ”, en provoquant l’émotion. Un temps prévu en deux soirées, ce spectacle a été resserré, et si il subsiste encore quelques petits étirements temporels pour certaines séquences, ils n’enlèvent rien à la plénitude d’une représentation théâtrale superbe à bien des égards, en prise directe avec la réalité de notre temps. Avec une grande exigence artistique, dans un esprit noble du théâtre populaire et citoyen qui caractérise le Théâtre du Soleil depuis de longues années. Qu’il en soit remercié.

Photos Michèle Laurent

Une chambre en Inde , création collective du Théâtre du Soleil, dirigée par Ariane
Mnouchkine, en harmonie avec Hélène Cixous, avec la musique de Jean – Jacques Lemêtre, et la participation exceptionnelle de Kalaimamani Purisai Kannappa Sambandan Thambiran, avec les comédiens, costumiers, décorateurs et collaborateurs de différentes nationalités.
Durée 4 heures. Cartoucherie de Vincennes le mercredi, jeudi et vendredi à 19 heures 30, le samedi à 16 heures, et dimanche 13 heures 30, jusqu’en avril 2017.

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