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Critiques / Musical

René l’énervé de Reinhardt Wagner et Jean-Michel Ribes

par Caroline Alexander

Au pas, au trot au galop, elle court, elle court la mélodie... du pouvoir.

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Il est pressé, il est énervé ce René, comme son auteur, Jean-Michel Ribes, comme son modèle, Nicolas Sarkozy, président de la République. Né d’un ras le bol plutôt salutaire à l’égard des hommes et des femmes qui gouvernent notre pays et nos vies, il a pris la forme hybride d’un spectacle clopinant à califourchon entre le théâtre, la comédie musicale et le cabaret où la satire est la règle. Un cabaret grossi à la loupe. Caustique et libertaire comme son parolier, ce Ribes, aujourd’hui patron du Théâtre du Rond-Point, et qui depuis ses débuts a marqué ses spectacles de la triple griffe de son énergie ; de son insolence et de sa fantaisie. Les Fraises Musclées, Tout contre un petit bois, ses premières pièces en portaient déjà les signes. Avec en prime une poésie aujourd’hui dissolue.

Opéra bouffe tumultueux dit le sous-titre. Tumultueux certes il l’est dans son rythme et le brassage de ses idées mais pour ce qui est de l’opéra bouffe proprement dit, on est loin d’Offenbach et consorts. La musique de Reinhardt Wagner met adroitement en cadence le texte, et, grâce à l’excellente interprétation des comédiens chanteurs, à leur impeccable diction (et à leur scrupuleuse sonorisation), tous les sur-titrages en rigueur sur les scènes lyriques sont devenus superflus. Il y a des moments de charme dans sa musique et des pointes de dérision en accord avec l’action, une pincée d’airs tziganes par-ci, un coup de tango par-là, un clin d’œil aux guinguettes, un salut au jazz. Six musiciens jouent adroitement d’une dizaine d’instruments sous la direction visiblement amusée de Delphine Dussaux.

"Je suis en forme, je réforme"

Elle court, elle court la mélodie du pouvoir... Ribes observe tous les sprinters de la course, de droite, de gauche, du centre, tous pareils à vouloir décrocher la timbale. En jogging bleu et baskets aux pieds, René (Thomas Morris irrésistible en voix et jeu), épicier de son état, cavale, au pas, au trot, au galop, sur jambes nues, courtes et musclées, pour arracher le sceptre de ses rêves. « Je suis en forme, je réforme » devient son refrain favori. Toujours en jogging, mais cette fois chic et noir serti d’épaulettes et de strass, il écoute les conseils de son « dir.com », l’as de la pub Jessantout (Gilles Vajou, dandy redondant), obéit aux injonctions de son ministre Hurtzfüller, l’homme qui aime les Arabes quand ils sont blonds et vivent dans le Cantal, (Till Fechnier dans le style pince à linge), se fait larguer par sa femme Caramela (Caroline Arrouas) puis draguer et épouser par Bella Donna, diva venue d’ailleurs (Alejandra Radano). En face de ces agités, les opposants dorment tranquilles en cogitant des futurs improbables et en se tapant dessus allègrement. Avec en tête de listes deux harpies de l’utopie Gaufrette et Ginette qui se crêpent le chignon (Sophie Angebault et Emmanuelle Goizé, jolies voix et jolis tempéraments).

Tout ce petit monde est évidemment reconnaissable au premier coup d’œil, les événements sont lisibles depuis la tournée des grands ducs – Johnny H. et compagnie - dans un restaurant à la mode pour fêter le couronnement du roi René jusqu’aux remous d’un certain printemps arabe dans ces pays dont les plages offraient l’espace de si belles vacances. Ribes ne leur fait pas de cadeau. Ils en prennent tous pour leurs grades, pour leurs partis, des écolos jusqu’aux représentants du Front des Cons de la Nation.

Un double en guise de mot d’excuse

Mais Ribes a, hélas, flanqué son René d’un double (Jacques Verzier), son ombre ou sa conscience, qui tente de le ramener à la fraîcheur de son enfance. En vain. Dans tous les sens du mot, car, à travers ce brave type, dépassé par les ruades de son autre moi, il a tout l’air de se fabriquer un mot d’excuse. Histoire de laisser entendre que les sentiers de son culot sont pavés d’honnêtes intentions. Comme les chemins que l’on connaît...

Les premières scènes sont très drôles avec leur choeur antique, l’arrivée de l’épicier aux courtes pattes, la découverte des opposants ronflants débout sur leurs matelas. Mais peu à peu, les vannes se répètent et finissent par s’épuiser. En moins de temps, moins de gags, Ribes et les siens auraient pu faire beaucoup plus et beaucoup mieux.

Coproduit par l’Opéra National de Lorraine le spectacle sera repris à Nancy du 14 au 18 mars 2012. D’ici là, il aura eu le temps peut-être de se resserrer.

René l’Enervé, opéra bouffe tumultueux de Jean-Michel Ribes et Reinhardt Wagner. Mise en scène de l’auteur, scénographie de Patrick Dutertre, costumes Juliette Chanaud, lumières Fabrice Kebour, chorégraphie Lionel Hoche, vidéo Pierrick Sorin. Direction musicale Delphine Dussaux. Musiciens : Emelyne Chirol et Noémie Poumet (en alternance), Laurent Desmurs, Jean-Yves Dubanton, Ghislain Hervet, Maëva Le Berre, Dominique Vernhes. Comédiens et chanteurs : Thomas Morris, Sophie Angebault, Caroline Arrouas, Camille Blouet, Sinan Bertrand, Gilles Bugeaud, Claudine Charreyre, Benjamin Colin, Till Fechner, Emmanuelle Goizé, Sophie Haudebourg, Sébastien Lemoine, Jeanne-Marie Lévy, Antoine Philippot, Rachel Pignot, Alejandra Radano, Guillaume Severac-Schmitz, Fabrice Schillaci, Gilles Vajou, Jacques Verzier, Benjamin Wangermée .

Crédit photo : Giovanni cittadini Cesi

Théâtre du Rond Point, du mardi au samedi à 21h, dimanche à 15h. Jusqu’au 29 octobre

01 44 95 98 21 – www.theatredurondpoint.fr

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