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Critiques / Théâtre

Pour un oui pour un non de Nathalie Sarraute

par Corinne Denailles

Le langage à l’oeuvre

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Créée en 1985 au théâtre du Rond-point dans une mise en scène de Simone Benmussa, Pour un oui pour un non, la dernière pièce de Nathalie Sarraute (1982) était interprétée magistralement par Sami Frey et Jean-François Balmer (en 1988, filmés par Doillon, Jean-Louis Trintignant et André Dussolier formeront le duo amical H1 et H2). Simone Benmussa avait compris comme personne la nature de ce texte étrange qui met en scène deux amis de toujours qui traversent une période conflictuelle qui met en danger leur amitié. Au départ, une intonation, un ton un peu condescendant par lequel l’un commente une petite réussite de l’autre : « c’est bien ça » ; plus tard, les rôles s’inversent, et le rien, le lieu commun déclencheur sera : « la vie est là… » (allusion à un poème de Verlaine). Sarraute s’intéresse à la manière dont un grain de sable peut ruiner nos relations, à la puissance des mots et à la complexité de la communication toujours compliquée de ces tropismes, mouvements intérieurs à peine conscient qui nous animent et se logent dans les replis de la pensée.

Léonie Simaga a déjà mis en scène la pièce en 2007 avec Andrzej Seweryn, Laurent Natrella (et Catherine Salviat) à peu près dans la même perspective. Comme Laurent Natrella, Nicolas Vaude (H2) présente toutes les caractéristiques de l’artiste maudit, fébrilité, emportements, confusion ; Nicolas Briançon (H1) lui oppose sang-froid et impassibilité avant à son tour de s’énerver mais de manière plus maîtrisée. La direction d’acteurs conduit Nicolas Vaude, excellent acteur par ailleurs, à sur-jouer constamment son personnage tandis que Nicolas Briançon travaille la distance. Il n’est pas du tout certain que l’option de l’incarnation soit la bonne piste. Le texte impose de prendre en compte ses respirations particulières liées à la ponctuation, ses béances dans les phrases, ses lacunes. Jouer la situation oblitère le véritable enjeu de la pièce. L’amitié des deux amis n’est qu’un prétexte pour l’auteur, figure emblématique du Nouveau roman, d’explorer les rouages du langage et ce qu’ils révèlent de nos modes de fonctionnement, une démarche voisine de la psychanalyse. Chez Sarraute la parole est action. Elle traque les sous-entendus, la violence généralement cachée sous des propos urbains qu’elle révèle ici grâce à la virtuosité de son style.

Pour un oui pour un non de Nathalie Sarraute, mise en scène Léonie Simaga, avec Nicolas Vaude et Nicolas Briançon, et Roxama Carrara ; décor et lumière, Massimo Troncanetti ; costumes, Léonie Simaga. Au poche-Montparnasse du mardi au samedi à 19h. Durée : 1 heure. Résa : 01 45 44 50 21

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