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Critiques / Opéra & Classique

NORMA de Vincenzo Bellini

par Caroline Alexander

Maria Agresta, une perle rare qui porte le bel canto aux cimes

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On la voit, on l’entend peu cette Norma de Bellini créée en 1831 à la Scala de Milan et composée aux mesures de voix exceptionnelles. Et pour cause ! Rarissimes sont les tessitures dont l’agilité va jusqu’au contre-ut et au saut d’une octave. Le Théâtre des Champs Elysées vient d’en consacrer une dont la couleur vocale, la longueur de souffle, les aigus planant comme des hirondelles dans un ciel d’été ont illuminé une production pourtant contestable.

Maria Agresta, soprano italienne de 36 printemps, succède en beauté aux légendaires divas qui incarnèrent cette redoutable Norma, de Rosa Ponselle à Montserrat Caballé en passant bien évidemment par Maria Callas. Elle n’est pas une inconnue. On l’avait découverte à l’Opéra National de Paris dans Les Puritains du même Bellini (voir WT 3937 du 28 novembre 2013) puis, sur le même plateau, dans la dernière reprise de La Bohème de Puccini (voir WT 4053 du 18 mars 2014). Outre sa voix, elle a de vrais dons de comédienne, de l’aisance et de la chaleur humaine qu’elle communique à son personnage de grande prêtresse menant une double vie, druidesse pour l’apparence et ses sujets gaulois, amante et mère dans l’intimité clandestine entretenue avec l’ennemi, le proconsul romain.

Stéphane Braunschweig, directeur du Théâtre National de la Colline et metteur en scène, a décidé de la banaliser, d’en faire une femme ordinaire, habillée comme tout le monde (plutôt mal), sans le moindre signe distinctif de son rôle mystique. La banalité semble avoir été le maître mot de sa conception. Braunschweig aime l’austérité des géométries déclinées en murs gris. La nature omniprésente dans l’œuvre devient souterraine, captive d’une sorte de bunker où s’articule un panneau pivotant et où la forêt est réduite au symbole d’un bonsaï posé à l’avant-scène. Lequel, au final, quand sonne le sacrifice, dégringole des cintres en chêne géant. C’est triste, et, à l’exception de poétiques jeux d’ombres projetés durant le très attendu « Casta Diva », l’ensemble de la scénographie suinte l’ennui. Et les costumes s’y accordent avec la même disgrâce de l’insignifiant.

La musique de Bellini heureusement met des couleurs aux joues. Riccardo Frizza, à la tête de l’Orchestre de Chambre de Paris la fait tonner aux ouvertures, puis en trace quasi discrètement les sillons portant une attention particulière aux voix, jamais couvertes. Celles-ci, outre Maria Agresta dans le rôle-titre, réserve deux autres bonnes surprises, Sonia Ganassi, décevante Chimène dans Le Cid de Massenet (voir WT4573 du 30 mars 2015) s’empare de la vierge Adalgisa avec un timbre chaud et sensuel, un jeu désespéré, presque en écho à Norma. Les deux personnages agissent comme en miroir. Orovèse, le chef de guerre trouve dans la présence et la voix de basse de Riccardo Zanellato humanité et élégance. Seule fausse note de la distribution, dans tous les sens du terme, le proconsul Pollion hurlé par le ténor Marco Berti dont la puissance vocale balaie toute nuance.
Seul point noir musical qui n’enlève rien à la beauté du chant de ses partenaires, surtout à celle de Maria Agresta dont les coloratures cristallines sont à happer sans réserve.

Norma de Vincenzo Bellini, livret de Felice Romani d’après Norma ou l’Infanticide d’Alexandre Soumet. Orchestre de chambre de Paris, direction Riccardo Frizza, chœur de Radio France, chef de chœur Sofi Jeannin, enfants de la Maîtrise des Hauts de Seine, mise en scène et scénographie Stéphane Braunschweig, costumes Thibaut Vancraenenbroeck, lumières Marion Hewlett. Avec Maria Agresta, Sonia Ganassi, Marco Berti, Riccardo Zanellato, Sophie Van de Woestyne, Marc Larcher .

Théâtre des Champs Elysées, les 8, 11, 14, 17 décembre à 19h30, le 20 à 17h

01 49 52 50 50 – www.theatrechampselysees.fr

Photos Vincent Pontet

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