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Portraits / Opéra & Classique

Mathias Goerne

par Olivier Olgan

Un baryton à l’instinct de forgeron

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S’il ne chante qu’en allemand, le baryton allemand fait parfois une exception pour le latin, notamment pour le Requiem de Fauré ce soir et demain* aux concerts d’ouverture de la Philharmonie de Paris. Cet amoureux de la France vient d’achever une incontournable anthologie de Lied de Schubert (en neuf volumes chez Harmonia Mundi). Retour sur une expérience autant spirituelle que musicale.

« Je ne veux pas être un chanteur qui se résume à une liste de rôles. » Dans le circuit international qu’il a conquis en quelques années, le baryton allemand Matthias Goerne se singularise par son perfectionnisme et son intransigeance. Il ne chante qu’en allemand parce que « l’on ne peut se donner vraiment que dans sa langue ». Cet habituel des oratorios (il était à Paris pour celui de Noël de Bach les 17 et 18 décembre à la Cité de la musique) fait une exception pour le latin comme pour le Requiem de Fauré qu’il chante pour les concerts d’ouverture de la Philharmonie de Paris, les 14 et 15 janvier*. Rarement sur les scènes d’opéra, quand il s’y présente, c’est avec une prise de risque maximale : en 2011 pour la création du Mathis le peintre de Paul Hindemith à l’Opéra de Paris ; l’été à Aix en Provence pour ce Voyage d’hiver mis en lumière et en scène par le designer australien William Kentdrige. Il n’hésite pas non plus à soutenir la création contemporaine comme en mai prochain pour le Concerto pour voix et orchestre du français Marc-André Dalbavie les 20 & 21 mai à la Philhar de Paris**.

Ce préambule illustre la façon dont Goerne a entrepris son périple schubertien avec le soutien d’Harmonia Mundi : une totale liberté : il a pu travailler chaque nuance avec cinq pianistes différents choisis pour leur couleur voir leur intellectualité avec lesquels le baryton entretient une complicité subtile et distincte : Elisabeth Leonskaïa, Helmut Deutsch, Eric Schneider, Ingo Metzmacher, Alexander Schmalcz … et prendre son temps : plus de 7 années pour près de 210 mélodies réparties soit par thèmes (la nuit et le rêve, la mythologie grecque, les poèmes strophiques) ou par poètes (Goethe, Schiller, …). Synthèse volontairement subjective où pièces méconnues cotoient cycles inoubliables, ces 9 volumes en 12 cd sont nourris de sang, de tripes et d’une profonde intelligence. Le résultat est confine presque au vertigineux tant y est condensé l’art du chant et de l’accompagnement et prouve qu’un travail d’éditeur reste l’honneur d’une profession en voie de disparition.

En parfaite symbiose avec les partenaires qu’il a choisi pour chaque cycle – la part du lion est pour le chef d’orchestre pianiste Christoph Eschenbach avec les trois cycles majeurs : Die schöne Müllerin (La belle meunière), Schwanengesang (Le Chant du cygne) et enfin, Wintereise (Voyage d’hiver), cet artiste au physique d’ogre ne sait être lui-même que dans le respect absolu du texte musical. S’appuyant sur son intelligence du texte et le grain de sa voix, Goerne puise dans une longue tradition qu’il enrichit voir sublime. Lui qui a forgé ce timbre coloré et profond auprès de l’immense Dietrich Fischer-Dieskau tout comme cette capacité à pénétrer et à exprimer l’atmosphère d’un lied dès la première note. Goerne refuse pourtant l’étiquette d’héritier du ‘baryton du XXeme siècle’ : « Je veux croire que si l’on me compare à lui, c’est parce que j’ai hérité de lui son art de faire vivre la musique par le texte et vice versa. » Il ne veut pas oublier ce qu’il doit à Elisabeth Schwarkopf qui a réussi de son coté à homogénéiser son timbre, à unifier ses registres, à trouver une nouvelle balance entre le clair et le sombre.

Pas étonnant qu’avec de tels maîtres, ce chanteur plus viscéral que cérébral, plus instinctif qu’exégète cisèle avec Schubert, la relation est aussi passionnée que passionnante. Dés la première croche, le colosse taille les émotions comme un forgeron l’acier, dans un corps-à-corps brûlant et plein d’étincelles. D’une violence parfois incroyable, avec des fortissimos qui lancent comme une douleur et des graves qui sondent les reins comme des forages profonds. A l’écouter sur ce scène ou au disque, vous serez aussi envoûté par cette quête sans fard et sans filet, projetant une vérité brulante ou sèche de l’être humain. Sans recourir au moindre effet, ni théâtralité.

Le plus passionnant, c’est qu’à l’issue de ce voyage que certains jugent mortifère, Goerne lui entrevoit de l’espoir dans la nuit, de renouveau au bout du tunnel et déniche dans l’expérience ultime de la solitude, de l’isolement et de la peur de la mort qu’en capsule les notes, une inouïe raison d’espérer. La plus belle façon à notre sens de débuter cette année.

*Orchestre de Paris ; Paavo Järvi, Philharmonie de Paris, les 14 et 15 janvier 2015, 20h30 -
**Orchestre de Paris ; Paavo Järvi, Philharmonie de Paris les 20 et 21 mai 2015, 20h30 http://www.philharmoniedeparis.fr

Mais aussi :
La Belle Meunière, ( Die schöne Müllerin) accompagné d’ Alexander Schmalcz, piano, 21 avril 2015, Grand Théatre de Bordeaux, www.onb.fr
Un cycle de lieder de Schubert pour orchestre, Dresdner Kapellsolisten ; Helmut Branny, le 30 avril , Grande Salle à Metz, http://www.metzenscenes.fr

Photo © 2008 Marco Borggreve for harmonia mundi

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