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Critiques / Festival

Les fla’In’neries de Marie Laure Atinault

par Marie-Laure Atinault

En guise de bilan (non officiel du 62ème Festival In d’ Avignon)

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Voilà c’est fini, la tourmente, la fièvre, l’excitation, l’attente, les coups de gueules, les coups de cœur, le Festival In a fermé ses portes, sa cour d’honneur, ses cloîtres, ses gymnases. Ah quel beau festival, que nous avons vécu. De l’avis des professionnels, cette soixante-deuxième édition est un bon cru et certainement le meilleur du règne Archambault-Baudriller.

L’Enfer c’est quelle direction S.V.P ?

Les artistes associés sont Valérie Dréville, comédienne et Roméo Castellucci, metteur en scène. La colonne vertébrale est « La divine comédie » de Dante. L’interrogation du festival sera sur la vie et la mort, vaste programme ! Roméo Castellucci est un grand lecteur du chef d’œuvre de Dante, il investit la cour d’honneur du Palais des Papes avec « Inferno ». Les premières vingt minutes sont superbes, rarement la façade de la cour d’honneur a été aussi bien mise en scène. Pour la suite du spectacle, il faut considérer trois points de vue : il y a les inconditionnels de Castellucci qui crient au génie, il y a les réfractaires qui de toutes façons n’aimeront pas et il y a les indécis, les tièdes qui se rallient à la majorité du jour. « Purgatorio » sera ressenti selon les mêmes critères, certains spectateurs préférant partir après une scène de viol très choquante. Ce purgatoire sera un enfer pour une partie du public. Que l’on aime ou que l’on aime pas Roméo Castellucci, le metteur en scène italien suscite des réactions parfois violentes, mais son travail conjugué de scénographe, de metteur en scène, de créateur des lumières et des costumes font de lui une figure incontournable des scènes internationales.

Ysé c’est enfin moi !

Valérie Dréville avait un désir viscérale : jouer Ysé, l’héroïne du « Partage de midi » de Claudel. Fait rarissime dans les annales du Festival, la pièce se jouera pendant tout le festival à la carrière de Boulbon, lieu choisi par le collectif de metteurs en scène et comédiens du Partage : Valérie Dréville, Jean-François Sivadier, Nicolas Bouchaud (cf. note 2) et Gaël Baron sous le regard de Charlotte Clamens. La mise en scène de ce « Partage de midi » a été pensée pour le festival, pour le lieu. Une très belle interprétation de ce quatuor qui s’embarquera pour une tournée. Valérie Dréville se souvient du « Soulier de satin » dans la mise en scène d’Antoine Vitez en 1987. Une rencontre inoubliable entre un metteur en scène, une troupe et le public qui respiraient Claudel sur le même souffle. Valérie Dréville rend hommage à son maître avec une série de lectures données dans la cour du musée Calvet « Rendez-vous avec Antoine Vitez ». Bonne surprise pour les spectateurs, ces lectures sont gratuites ! Deuxième bonne surprise, les fidèles sont présents tels que Jack Ralite, Redjep Mitrovitsa, la famille Recoing, Pierre Vial etc… Serge Maggiani, qui décidément est l’un de nos plus grands comédiens, lira des textes d’Antoine Vitez. Un moment magique comme suspendu dans le temps. Nous le retrouverons dans la cour d’honneur pour la lecture dirigée par Valérie Dréville d’extraits de « la Divine comédie » ( cf. article). Dure soirée pour les comédiens qui durent batailler ferme avec un Mistral tonitruant. On gèle en enfer !

Du retour des guerriers à ce soir, je tue Maman !

Guy Cassiers avait présenté l’année dernière « Méphisto for ever » qui avait fait événement. Cette année, « Atropa, la vengeance de la paix » de Tom Lanoye confirme le talent du metteur en scène avec ses images à la fois léchées et chocs. Le texte de Tom Lanoye prend sa source dans la tragédie après la guerre, le retour des guerriers et le poids de la défaite pour les vaincus. Clytemnestre, Hélène, Cassandre et Agamemnon entonnent une mélopée sauvage et cruelle faite de ressentiment et de haine. Le texte est beau, mais un peu bavard. Les quelques spectateurs qui ne parlent pas couramment le néerlandais sont submergés par les surtitrages. « Atropa » est un grand spectacle.
« Hamlet » d’un certain William Shakespeare est mis en pièce par Thomas Ostermeier, qui est pourtant l’un des enfants chéris du Festival. Présenté dans la cour d’honneur, cet « Hamlet » veut choquer. Il ennuie surtout. La scénographie de Jan Pappelbaum, quoique très futée, nie absolument le cadre sublime du Palais des Papes. Ostermeier, que l’on a vu plus inspiré, nous présente un Hamlet déstructuré, façon Rubik cube. La pièce commence par « to be or not to be », le ton est donné. La seule bonne idée est d’avoir confié à la même comédienne, Judith Rosmair le rôle de la reine et d’Ophélie.

Du rire, des bâillements et de l’émerveillement

« La Mélancolie des Dragons » de Philippe Quesne fait enfin sourire un Festival en proie avec les affres de l’Enfer qu’il soit Dantesque ou Castellucchien. Ouf, on rit de bon cœur et ça fait du bien !

Nous serons plus réservé sur « Empire, Art et Politics » de Superamas dont le début nous fait croire que nous assistons à un spectacle de Robert Hossein dans un mauvais jour. Une satire ennuyeuse.

« Ricercar » de François Tanguy. Le Théâtre du Radeau ne prêchera que les convaincus, mais l’agencement des décors en mutation, les lumières à hauteur d’homme, la musique et le tourbillon des images ne peuvent que séduire par la maestria de leur exécution. Le spectacle fera l’ouverture de la saison des Ateliers Berthier de l’Odéon.

« Secret » le spectacle du magicien gothique Johann Le Guillerm. Tous ceux qui pensent que le cirque n’a pas évolué depuis « La piste aux étoiles » doivent aller déguster ce spectacle étonnant, magique, drôle, plein d’une poésie bourrue. Johann Le Guillerm s’est composé un look entre le Tartare gothique et le cavalier égaré de chez Mad Max. Qu’il dresse des bassines en fer ou qu’il fasse des pointes de fer sur ses chaussures qu’il a dérobé à un chevalier des croisades, il nous stupéfie. Le final est un immense mikado de planches savamment jetées au sol, liées par une seule corde créant un vaisseau voguant sur les vagues d’un imaginaire ébouriffant.

Et Dieu dans tout ça ?

Si la cour d’Honneur du Palais des Papes est l’un des lieux mythiques du Festival, le Cloître des Carmes possède un charme particulier. Il attire toujours autant les spectateurs et détermine même parfois le choix de certains. Nous passerons sous silence « La Mouette » selon Claire Lasne qui accumule les erreurs de distribution……
Arthur Nauzyciel est plus inspiré par « Ordet » (La Parole) de Kaj Munk. Pour les cinéphiles, « Ordet » est un film et chef d’œuvre de Carl Theodor Dreyer (1955). La première découverte est que le scénario du film est tiré d’une pièce de Kaj Munk. La seconde est la personnalité de l’auteur danois. Drame domestique où Dieu est omniprésent, oppressant. La confrontation des hommes de Dieu qui peuvent s’écharper sur la façon de croire et de parler de la foi. Nauzyciel a réussi une belle mise en scène, sobre, élégante. Mettre en scène le mysticisme et la résurrection est une gageure de nos jours Arthur Nauziciel fait passer un ange, entre le rêve et le miracle. Une belle direction d’acteurs, avec les ténors Pascal Greggory et Jean-Marie Willing.

Un grand spectacle, perturbant, épidermique

« Seuls » de Wajdi Mouawad (texte, mise en scène et jeu), libano-Québécois qui est devenu la coqueluche du festival en présentant « Littoral » en 1999. « Seuls » est un texte magnifique qui prend aux tripes. Un texte qui fouille l’inconscient révélé, les peurs, les regrets, les strates de la conscience. Wajdi Mouawad est le maître d’œuvre absolu de ce dernier spectacle qui commence comme une plaisanterie. Une pièce qui nous parle d’un homme jeune, universitaire, qui bosse sur un mémoire colossal. Les trouvailles de mise en scène sont drôles, le décor astucieux. Et puis tout dérape. Le personnage est pris par un nœud d’angoisse. Le final de la pièce est à couper le souffle. Claustrophobe s’abstenir. « Seuls » est un grand coup de cœur, il faudrait que Wajdi Mouawad écourte un peu la scène finale, non seulement pour les spectateurs oppressés mais également pour lui, comédien en état second, pratiquement en transe. Le texte est profondément charnel, épidermique. Le spectacle remue, bouleverse jusqu’au malaise. Mais qui a dit que le théâtre est confortable ?!

Ces fla’In’neries seraient incomplètes si nous ne signalions pas ces spectacles : « Les tragédies Romaines » de William Shakespeare par Ivo Van Hove, « Sonia » de Tatiana Tolstaia et « Je tremble » de Joël Pommerat. A ce dernier, nous consacrerons un numéro spécial lors de la reprise parisienne des deux volets de son œuvre.

L’année prochaine l’artiste associé sera Wajdi Mouawad. Pensez à être généreux.

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