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Les Francophonies en Limousin

par Gilles Costaz

Novarina et Badea, auteurs vedettes

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Difficile de tout voir et de tout retenir dans la riche programmation du festival Les Francophonies en Limousin, que dirige Marie-Agnès Sevestre contre les vents et marées de puissances culturelles généreusement économes. On y rend hommage au très grand écrivain et chef de troupe qu’était le Congolais Sony Labou Tansi. Et l’on donne sa chance à de nombreuses troupes et à de nombreux auteurs venus de tous les pays où l’on parle la langue française. Parmi ces bricoleurs de la langue était venu l’un des plus grands, Valère Novarina, poète français mais ici entouré d’acteur haïtiens. Il était en effet allé dans l’île des Caraïbes monter, en compagnie de Céline Schaeffer et avec la complicité de Guy Régis Jr, sa pièce L’Acte inconnu. Ses textes ne ressemblent à aucune littérature connue : des personnages vont et viennent, défilent, proclament des vérités étranges, des formules cocasses, des listes de noms imaginaires, des questions qui restent suspendues au-dessus d’un décor et d’un sol peints par le poète et, parfois, les acteurs. Cela peut se regarder comme une parodie de la Bible, des grands textes eschatologiques et des grands débats sorbonnards, comme un cirque dont les clowns auraient autant étudié la métaphysique que l’acrobatie ou comme une errance dans la nuit avec comme toutes lumières des mots malaxés pour on ne sait quel commencement du monde. Les acteurs de la compagnie Nous ont pris ce langage en forme de litanie avec une folle énergie, y ont injecté leur phrasé, leurs mouvements, leur danse, leur musique, leurs figurations plastiques. Edouard Baptiste, Valès Bedfod, Jenny Cadet, Clorette Jacinthe, Jean-Marc Mondésir, Ruth Jean-Charles et Finder Dorisca (chanteuse et auteurs de musiques) offrent un spectacle pugnace qui revendique les droits de la langue, de l’imaginaire et du jeu par-delà la réalité sociale – juste évoquée par quelques bidons de plastique. « Mort à la mort ! », clament les personnages de Novarina. Ces artistes d’Haïti ont, à travers leur interprétation musclée mais sans hâte, forte mais posée, sont, d’une très belle façon, splendides dans ce haut défi.
Tout autre est l’écriture de la Roumaine Alexandra Badea, dont l’oeuvre se répand beaucoup en France et en Europe depuis qu’elle a obtenu le Grand Prix du théâtre et que ses différents textes – théâtre, roman - sont publiés par les éditions de l’Arche. Dans Pulvérisés qu’a présenté Frédéric Fisbach, il y a quatre personnages, mais, plus que les personnages, compte la voix qui parle, qui arrive dont on ne sait où et qui est celle de l’auteur tutoyant ses créatures prises dans la dictature du temps et de la froideur qu’implique une vie sociale et économique aplatissant l’homme dans le rythme de ses machines et des machinations qu’elles instituent. C’est ce que révèlent les situations croisées d’une ouvrière chinoise, d’un vendeur sénégalais, d’une femme ingénieur de Roumanie et d’un cadre supérieur français. Fisbach a réuni un choeur d’acteurs non professionnels, qui disent ensemble ou séparément une partie du texte, et confié à trois excellents acteurs professionnels, Madalina Constantin, Eugen Jebeleanu et lui-même, la part la plus dense des apostrophes. Si, autrefois, l’on a pu être en désaccord avec les complications formelles qu’adoptait volontiers Fisbach, on applaudit à présent son impeccable façon de construire un spectacle à la fois glacé et brûlant, où la partition humaine et très forte et où se dessine une image ample et convaincante de nos folies planétaires. A partir du langage clinique et pourtant vibrant d’Alexandra Badea, un nouveau théâtre s’élabore là, particulièrement percutant.
Des prix ont été décernés à d’autres écrivains : la Libanaise Hala Moughanie a reçu le prix RFI Théâtre pour Tais-toi et creuse (éditons Arcane, Liban) et la pièce Danserault du Québécois Jonathan Bernier a été couronnée par le prix SACD de la francophonie

Les Francophonies en Limousin, Limoges et sa région, tél. : 05 44 23 93 51, jusqu’au 3 octobre.

Bureau et billetterie, 11, avenue du Général de Gaulle 87000 Limoges.

Photo Christophe Péan.

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