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Critiques / Théâtre

Le Misanthrope de Molière

par Gilles Costaz

Nouvelles couleurs, nouvelles nuances

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Situation inédite dans ce Misanthrope du Ranelagh : les acteurs qui jouent Célimène et Alceste sont aussi les metteurs en scène de la pièce. Inconciliables sur scène et accordés jusqu’au moindre détail dans la mise en place du spectacle. C’est sans doute cette recherche en duo qui donne une note chantante, une harmonie permanente à cette nouvelle incarnation de la rude et tendre comédie de Molière.
Nous sommes dans l’intemporel, ou plutôt entre plusieurs temps. Sur un rock de tempête, des invités se déhanchent dans un salon fermé par des miroirs et couronné de fleurs. C’est la fin de la fête. Célimène et ses amis se sont amusés. Alceste, le visage fermé, n’a pas apprécié. Lui et Célimène s’entendent comme la pluie et le soleil, ou la nuit et le jour. Ils se plaisent mais ne sont pas de la même étoffe.
L’univers conçu par les metteurs en scène, le scénographe Thibault Ameline et la costumière Carole Gérard, est chatoyant, fleuri, rassurant. Célimène, les épaules nues dépassant de sa longue robe rouge, affiche ses goûts de mondaine. Mais Alceste, lui, porte une sorte de robe de chambre. C’est un homme un peu popote, elle une femme totalement étoilée. Mais ils ont des atomes qui se comprennent, avant de se dissocier à la dernière scène du dernier acte. Pour éviter la dureté mondaine et sociale, le climat a quelque chose d’enchanteur et d’enfantin, peut-être trop quand il s’agit de petits marquis vêtus d’habits hauts en couleur (ce qui n’enlève rien au jeu léger et fin de Raphael Duléry et Arthur Sonhador). D’ailleurs l’Alceste que joue Nicolas Vaude est un enfant, un gamin qui ne comprend rien au monde, un rêveur dont les colères s’envolent au lieu de s’emporter. Quel bel Alceste, égaré, toujours en un ailleurs, incompris parce qu’il ne se comprend pas lui-même !
Chloé Lambert est une Célimène sans âpreté, sur qui tout glisse, car, en elle, tout est beauté et non conflit. Elle règne, dans la douceur. L’actrice lui confère une joie intérieure. Sa « coquette » est au-delà des calculs et des mesquineries. Sa façon de s’aimer est élégante et sans mépris aucun. Tant de bruit pour rien, semble penser en scène cette magnifique actrice. Chez l’interprète de Philinthe, Laurent Natrella, il n’y a pas non plus de sévérité. L’acteur ne joue pas la dialectique à laquelle on ramène généralement l’opposition Alceste-Philinte (le sincère et le mondain). C’est un ami qui n’est pas d’accord, mais c’est un ami. Donc on s’embrasse plus qu’on ne fâche. Belle façon, charnelle plus qu’intellectuelle, de s’emparer du rôle. Hélène Barillé, en Arsinoé, Nathalie Boutefeu, en Eliante, et Pierre Val, en Oronte ont de l’allure et du coupant dans les belles manières. Clara Artur Vaude se charge, plaisamment, de deux rôles masculins et fugitifs.
Nicolas Vaude, Chloé Lambert et leurs partenaires décalent subtilement les lignes et les couleurs. Tout est nuances ! Il y a là, en effet, un très savant travail de coloriage, une redistribution des couleurs visibles et mentales qui compose un Misanthrope saisi par une nouvelle jeunesse.

Le Misanthrope de Molière, mise en scène de Chloé Lambert et Nicolas Vaude, scénographie de Thibault Ameline, costumes de Carole Gérard, lumières d’Idalio Guerreiro, chorégraphie de Karine Briançon, assistanat de Prune Roussillon, avec Nicolas Vaude, Chloé Lambert, Laurent Natrella, Pierre Val, Arthur Sonhador, Raphaël Duléry, Nathalie Boutefeu, Hélène Barillé, Clara Artur Vaude.

Théâtre Le Ranelagh, 21 h, tél. : 01 42 88 64 44. (Durée : 2 h).

Photo Ben Dumas.

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