Accueil > Le Chant du cygne d’après Tchekhov

Critiques / Théâtre

Le Chant du cygne d’après Tchekhov

par Gilles Costaz

Fête pour un grand acteur, Roger Jendly

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Le cygne de Tchekhov, tel qu’il le fait vivre dans une pièce bien connue, est en fait un acteur au bout du rouleau. Après avoir joué et chanté de l’Offenbach, le comédien a bu plus que d’habitude. Hagard, il se réveille dans un théâtre vide, en pleine nuit. La porte est fermée, il ne peut pas sortir, il appelle à l’aide. Personne. Si, quelqu’un vient. C’est le souffleur qui, sans en parler à personne, dort toutes les nuits dans une loge. Les deux hommes, l’esprit embrumé, parlent d’eux-mêmes et l’acteur se remémore ses succès passés, se souvient de bribes de textes et de chansons, de rencontres à la gloire effilochée. Dernière parade avant la fin, sans doute…
Le spectacle de Robert Bouvier est une très libre adaptation. La tendresse de Tchekhov pour les vieux comédiens pathétiques se transforme là en un hommage à l’acteur chargé du rôle principal : Roger Jendly, grand personnage du théâtre suisse et européen, que l’on a vu souvent dans des spectacles importants et qui prend plaisir à être lui-même en même temps qu’un double ridicule. Tout en conservant la ligne de la pièce originale, la transposition intègre des scènes qui ont compté dans la carrière de Jendly et multiplie les clins d’œil. Des séquences filmées interviennent comme des gags ou comme des effets de miroir à travers le temps. On voit par exemple Jendly jeune chantant l’une de ses chansons, avant que l’interprète ne la reprenne en direct. La situation est aussi amplifiée du côté du second personnage : le souffleur, joué d’une manière clownesque et très moderne par Adrien Gygax, est devenu là, un jeune comédien maladroit et gentiment gaffeur, toujours pris au piège de ses ratages.
Robert Bouvier, dont on aime les spectacles forts et sincères, a conçu une fête autour de Jendly. Il en a peut-être un peu trop rajouté dans la pantalonnade et les allusions à une carrière dont nous ne connaissons pas tous les tenants et aboutissants. Certaines drôleries nous échappent, mais le salut à l’éternité du théâtre et de la farce, effectué sur quelques mètres carrés avec quelques toiles peintes et pas mal de bousculades, nous touche et nous fait rire. Roger Jendly est un comédien de premier plan qui a l’élégance de préférer l’exercice modeste du bateleur bouffon à la solennité d’une rétrospective pompeuse. Il n’est pas toujours dans la blague cependant ; secrètement, en passant, il peut nous pincer le coeur. Chapeau, l’artiste !

Le Chant du cygne librement inspiré d’Anton Tchekhov, adapté et mis en scène par Robert Bouvier, scénographie et costumes de Catherine Ranki, musique originale de Mirko Dellacasagrande, lumières de Pascal Di Mito, univers sonore de Julien Baillod, création vidéo d’Alain Margot, maquillage de Talia Cresta, avec Adrien Gygax et Roger Jendly.

Les Déchargeurs, 19 h, tél. : 01 42 36 00 50, jusqu’au 22 décembre. (Durée : 1 h 20).

Photo Fabien Queloz.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.