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Critiques / Festival

Le Bouc

par Marie-Laure Atinault

La différence est si dérangeante qu’il faut la tuer !

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De Rainer Werner Fassbinder (1945-1982), on connaît surtout son cinéma, avec ses films qui ont marqués toute une génération, Maria Braun, Le secret de Veronika Voss l’Année des treize lunes dont une version théâtrale fut présentée au Festival d’Avignon IN avec Charles Berling. Le Bouc est une pièce dérangeante, un peu râpeuse, qui gratte. Dans une petite ville d’Allemagne, un travailleur immigré, un grec Jorgos va polariser malgré lui toutes les tensions d’un groupe de jeunes. Jorgos ne parle que quelques mots de cette langue étrangère, il ne fréquente personne. Sa logeuse et patronne l’exploite comme tous ses employés. Jorgos envoie tout son argent chez lui. Bientôt sa discrétion devient insupportable pour ces jeunes désœuvrés qui mettent sur le dos de cet étranger tous leurs échecs. Il devient le bouc émissaire de leur haine, de leur lâcheté. En argot le bouc signifie « l’immigré ». Mais ce Bouc est bel et bien l’émissaire de tous les dysfonctionnements de cette petite ville, c’est le bouc du sacrifice que ce soit celui de la Bible que l’on chargeait de tous les péchés et les fautes avant de le chasser dans le désert ou celui que l’on immolait dans le Grèce ancienne. Jorgos est beau, il est « exotique » et devient un objet de convoitise. Il doit mourir.

L’écriture théâtrale de Rainer Werner Fassbinder ne semble pas très différente de ses scénarios. Guillaume Vincent a opté pour une mise en scène ramassée, utilisant une tournette pour que les scènes s’enchainent le plus rapidement possible comme dans un fondu enchainé. Grâce à ce dispositif, parfaitement bien géré par l’équipe, le drame du Bouc monte en crescendo. Guillaume Vincent sait planter une atmosphère, développer un climat qui petit à petit cernent les spectateurs qui ressentent le malaise palpable de cette pièce. Les scènes où le groupe se réunit se tassant sur un divan, une canette de bière à la main deviennent de plus en plus anxiogènes, d’autant plus que ce que l’on nous donne à voir est d’une banalité quotidienne, la violence sourde qui s’y développe est le ferment du drame. La spirale de bêtise la plus sordide est montrée par petites touches. Le spectacle ne dure que 55 minutes, mais elles sont d’une rare intensité. La direction d’acteur est sans faille. Le travail de Guillaume Vincent est d’une grande maitrise et l’on est impatient de voir sa prochaine mise en scène.

Le Bouc de Rainer Werner Fassbinder, mise en scène de Guillaume Vincent, avec Mohand Azzoug, Elsa Grzeszczak, Constance Larrieu, Julie Lesgages, Déborah Marique, Samuel Réhault, Emilie Rousset, Sylvain Sounier, Julien Storini, Guillaume Vincent.
La Caserne des Pompiers à 13H30 Tél : 04 90 39 46 37

Crédit photo : Alain Hatat

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