Accueil > Le Bel Indifférent de Jean Cocteau

Critiques / Festival

Le Bel Indifférent de Jean Cocteau

par Gilles Costaz

Elegance de la douleur

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Courte et belle pièce que Le Bel Indifférent, que Jean Cocteau écrivit pour Édith Piaf et que la chanteuse joua avec Paul Meurice. Dans une chambre d’hôtel, une femme s’adresse à un homme qui entre, lit le journal et ne répond pas. Le poète n’y joue pas à ses jeux de miroirs mais manie la langue la plus simple pour faire entendre la souffrance de l’être abandonné, qui ne veut pas admettre que l’amour est fini et se débat avec ses illusions. Comment mettre en scène la pièce aujourd’hui, trop brève pour constituer une soirée à elle toute seule, trop liée dans le souvenir à l’imaginaire de la chanson réaliste ? Le metteur en scène Thierry Harcourt a eu l’idée d’ouvrir la soirée par un récital, qui en est un sans en être un tout à fait. Car sommes-nous dans un music-hall ou dans la chambre où, derrière un gros micro d’époque, la chanteuse répète ou pense à sa vie ? La pièce de Cocteau commence là, dans cette interprétation des chansons qu’on pouvait chanter dans les années 50, « Les mots d’amour », « Johnny, tu n’es pas un ange », des standards américains… Tout à coup, le monologue – qui est, en fait, un dialogue – remplace la chanson. Et c’est l’adresse désespérée à cet homme absent qui, lorsqu’il arrive enfin, reste d’une aussi grande absence. Lucy Harrison est une grande chanteuse anglo-française qui sait être une actrice pathétique sans pathos : ce sera pour beaucoup une révélation dans la partie chantée (que le metteur en scène appelle un « Cocteau blues ») comme dans la partition jouée. Au piano, Gilles Baissette épouse les rythmes musicaux et les brusqueries de la pensée. Assumant le rôle ingrat du partenaire muet, Jean-Édouard Lipa est d’une présence tout à fait parlante. Dans l’éclat de la soie et des lumières rouges, voilà l’élégance vraie de la douleur.

Le Bel Indifférent
de Jean Cocteau, mise en scène de Thierry Harcourt, lumières de Jacques Rouveyrollis, costumes de Christian Gasc, habillage musical de Nicolas Voulzy, avec Lucy Harrison (jeu et chant), Jean-Édouard Lipa, Gilles Baissette (piano). Théâtre Jean-Marie Serreau, tél. : 01 45 45 49 77, 20 h 30 les mardi, mercredi, vendredi, samedi, 19 h le jeudi, 16 h le samedi, durée : 1 h 15.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.