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Critiques / Théâtre

La Ménagerie de verre de Tennessee Williams

par Jean Chollet

Immersion onirique dans la mémoire

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A l’origine de ce projet, l’invitation de Daniel Jeanneteau par le metteur en scène Satoshi Miyagi en 2011, au Shizuoka Performing Arts center, pour une création avec des comédiens japonais, de cette pièce majeure de Tennessee Williams (1911 – 1983) datée de 1944, qui lui fut inspirée par sa jeunesse familiale dans le Missouri. Dans un petit appartement de Saint – Louis, vivent Tom Wingfield, narrateur, jeune homme employé dans une fabrique de chaussures, apparemment passionné de cinéma, sa sœur Laura, handicapée à la suite d’une pleurésie, timide et solitaire, à la sensibilité exacerbée qui se réfugie dans l’imaginaire avec sa collection d’animaux de verre, et Amanda leur mère, protectrice et dictatoriale, abandonnée par son mari “employé des postes de longues distances”, en proie à ses souvenirs flatteurs de jeunesse, à ses déceptions ou fantasmes, qui conditionnent ses relations tendues avec ses enfants. Ayant, entre autres, le désir de marier sa fille, elle invite à un diner un ami et collègue de Tom, Jim O’Connor, dont la présence ambiguë prend forme de révélateur pour Laura, sans pour autant dissiper les malentendus et combler ses manques existentiels. Autant d’aspects qui contribuent au delà de l’éclatement d’une famille à la révélation de la solitude portée avec densité par chacun des personnages.

En abordant pour la première fois l’univers du dramaturge américain, Daniel Jeanneteau s’inscrit avec logique et liberté dans la filiation d’une didascalie mentionnée dans la première scène de La Ménagerie de verre . “ La pièce étant faire de souvenirs, elle échappe au réalisme. La mémoire s’autorise en effet une grande licence poétique. ”. En premier lieu, en utilisant son grand talent de scénographe, longtemps exercé auprès de Claude Régy, pour la conception d’un espace qui transpose les situations dans un univers de rêves, à travers des parois de tulles et lumières sur un sol ”duveteux”, conditionnant les gestuelles et déplacements signifiants des comédiens. En fonction des origines de cette création, la tentation est forte de rechercher les influences japonaises dans la mise en scène de cette nouvelle traduction française judicieuse d’ Isabelle Famchon. Elles apparaissent sans excès avec l’apparition de certains codes du théâtre nô, ou dans la création d’un vocabulaire d’images qui semble issu de la poésie du haïku japonais. L’essentiel se trouve dans la cohérence de la représentation de ce huis – clos, qui cerne avec justesse la précarité des rapports humains confrontés à l’épreuve du temps, en faisant naître, dans ses nuances, une sensibilité et une émotion palpables sans ostentation. Une belle réussite également obtenue par l’interprétation de Dominique Raymond, témoignant jusque dans son corps des divers aspects et des tensions intérieures d’Amanda, entourée avec justesse et cohérence par Olivier Werner (Tom), Solène Abriel subtile et pénétrante Laura, et Pierre Plathier (Jim), qui contribuent à la redécouverte de l’auteur de Un tramway nommé Désir ou de La Chatte sur un toit brûlant.

La Ménagerie de verre, de Tennesse Williams, traduction Isabelle Famchon, mise en scène et scénographie Daniel Jeanneteau, avec Solène Arbel, Pierre Plathier, Dominique Raymond, Olivier Werner, et la participation de Jonathan Genet. Lumières Pauline Guyonnet, costumes Olga Karpinsky, son Isabelle Surel, vidéo Mammar Benranou. Durée 2 heures 05.

Théâtre national de la Colline jusqu’au 28 avril 2016.

En tournée, Maison de la Culture de Bourges du 11 au 13 mai, Le Quartz Scène nationale de Brest les 18 et 19 mai, Comédie de Reims du 24 au 27 mai 2016.

Photo © Elizabeth Carrechio

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