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Critiques / Théâtre

Kvetch de Steven Berkoff

par Gilles Costaz

La vie de couple

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Qu’est-ce qu’un « kvetch » ? « Un démon qui suce le sang et sape la confiance », dit Berkoff qui reprend, comme métaphore de l’angoisse moderne, une vieille image yiddish. Les personnages de sa pièce sont tous rongés par des démons invisibles qui les empêchent d’être apaisés. Il y a là un couple dont le mari est malheureux chez lui comme au bureau et dont la femme ne perçoit pas la tristesse où ils sont engloutis. Il y a un collègue de bureau qu’on invite et qui ne paraît pas plus tranquille (ne va-t-il pas se révéler homosexuel, encore une source d’angoisse dans le conformisme social et sexuel où vit cette classe bourgeoise ?) et une autre personne que le metteur en scène, Sophie Lecarpentier fera changer de sexe à volonté.
La pièce de Berkoff – cet Anglais rebelle qui cultive si bien la provocation et le mauvais goût et que Jorge Lavelli a révélé en France – est une fable éclatée, mais construite, sur la vie de couple. Sophie Lecarpentier préfère la monter comme une succession de scènes qui se jouent séparément et se recoupent, jusqu’à ce qu’on recompose, si l’on veut, une histoire. Il n’y a pratiquement pas d’accessoires et de décor. Juste cinq chaises, mais, sur la cinquième, un altiste qui insuffle, régulièrement, du rythme et de la nostalgie. On verra, néanmoins, intervenir un drap, un très grand drap, qui couvrira toute la scène et qui n’est pas hors sujet : le texte de Berkoff est très sexuel ! Quatre comédiens endiablés, Stéphane Brel, Fabrice Cals, Anne Cressent, Julien Saada, jouent les monologues intérieurs (tout ou presque se joue en aparté) et les gestes que le corps fait avant ou après la parole. C’est sans cesse drôle et percutant. Sophie Lecarpentier confirme son remarquable pouvoir de mise en scène, repéré depuis un spectacle mémorable, Le Jour de l’italienne.

Kvetch de Steven Berkoff, traduction de Geoffrey Dyson et Antoinette Monod, adaptation et mise en scène de Sophie Lecarpentier, travail corporel de Yano Iatrides et Nathalie Hervé, costumes de Nathalie Saulnier, son de Tom Ménigault, lumières d’Orazio Trotta, avec Stéphane Brel, Fabrice Cals, Anne Cressent, Julien Saada et Bertrand Causse (alto).

Théâtre du Rond-Point, 18 h 30, tél. : 01 44 95 98 21, jusqu’au 28 février.

Photo Serge Perrichon.

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