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Critiques / Livres, CD, DVD

José Quiroga par Patrick Mauriès et Jean Bollery

par Gilles Costaz

Un décorateur de théâtre sous le regard de l’Histoire

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Les grands décorateurs de théâtre travaillent sur un éphémère qui semble disparaître mais qui, quelquefois, continue de nous accompagner comme la lumière réfléchie des étoiles en allées. Car il reste des photographies et des dessins, alors que les constructions ont été cassées, jetées ou recyclées. Ainsi le livre qui vient d’être consacré à José Quiroga donne vraiment à voir le style de ce scénographe (1930-2010) qui a compté à l’intérieur du théâtre novateur à partir des années 60. Ces images ont toujours leur brillance, alors même que leur créateur est maintenant placé sous le regard de l’Histoire. L’ouvrage-album s’articule autour de ses quatre principales collaborations : avec Nicolas Bataille, Maurice Jacquemont, Henri Ronse et Jean Bollery. Il s’élargit, bien évidemment, à d’autres collaborations moins soutenues et à des projets non réalisés mais dont il reste les croquis. Parmi les spectacles les plus mémorables auxquels Quiroga a apporté sa patte de peintre soucieux du concret du théâtre, on peut citer, pour aller vite, Cléopâtre captive de Jodelle monté par Ronse en 1972, A Memphis il y a un homme d’une force prodigieuse d’Audureau (toujours Ronse, 1981) ou Vers Damas de Strindberg mis en scène par Bollery en 1983.
Auteur du texte principal du livre – c’est une analyse très aiguë -, Patrick Mauriès cite beaucoup les mots du plasticien : « Lorsque Quiroga se penche sur son travail de théâtre, il parle, à propos de certains de ses décors et costumes, de personnages « lointains, comme s’ils s’effaçaient, comme s’ils étaient vacillants dans la mémoire », d’êtres « qui participent de l’hallucination, d’un univers qui chavire », de « murs qui boivent la lumière », d’ « un univers féminin où la lumière n’arrive que lunaire et en suspension, dans une brume jaunâtre que cerne le gris indéfinissable du tulle », d’ « une lanterne accrochée au-dessus d’un porche et dont la lumière ne paraît filtrer qu’au travers d’une brume » , de « grands drapés souples de mousseline fumée sur lesquels se détache, enfin, « la précision maniaque d’un détail (ce qui reste dans la précision que donne un souvenir) d’une manchette, d’une cravate, etc. ».
Comme on le voit, l’artiste écrivait bien. C’est l’un des mérites du livre que de réunir les œuvres graphiques et des textes qui parlaient si finement de l’activité graphique. Autre exemple, qui traite non plus du décor mais du costume : « Personne n’est plus seul qu’un comédien dans un théâtre. Notre travail de costumier est de l’aider, de lui tendre une main franciscaine, et non pas de nous servir... Le costume de théâtre participe de l’emblématique... Un costume qui n’a pas de signification ne vaut rien ».
Jean Bollery, qui a fait de nombreux et splendides spectacles en intégrant l’esthétique de Quiroga, a été le maître d’oeuvre de l’ouvrage. Il a constitué un riche livre d’archives qui est un très beau livre d’art.

José Quiroga décorateur de théâtre, texte de Patrick Mauriès, livre réalisé sous la direction de Jean Bollery, maquette d’Olivier Canaveso. Editions du Regard, 250 pages, 275 illustrations, 40 euros.

Photo : étude de José Quiroga pour Mademoiselle Julie, 1962.

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