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Critiques / Théâtre

Eclipse totale : Rimbaud/Verlaine de Christopher Hampton

par Gilles Costaz

Deux poètes fous d’amour

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La pièce du grand auteur anglais Christopher Hampton sur Rimbaud et Verlaine, Eclipse totale, a été jouée dans plusieurs pays mais n’avait jamais été traduite en français. Elle a surtout été portée à l’écran par Agnieszka Holland et jouée par Leonardo di Caprio, David Thewlis et Romane Bohringer. La voilà à présent créée en France par Didier Long, qui en assure à la fois le texte et l’adaptation. C’est une histoire d’amour fou, on le sait. Le très jeune Rimbaud débarque un jour au domicile parisien de Verlaine. Il a quitté les Ardennes, heureux des compliments que lui a adressés le poète de La Bonne Chanson. Celui-ci cherche à aider son jeune confrère. Mais, avec Rimbaud, astre solaire et étoile noire à la fois, c’est tout ou rien. Le ménage de Verlaine tremble puis explose sous l’effet de la présence incessante d’Arthur, trublion rayonnant et péremptoire. Malgré la différence d’âge et d’éducation, la passion prend feu entre les deux écrivains, qui fuient en Angleterre et en Belgique. C’est aussi, peu à peu, la mésentente, et Verlaine tente de tuer Rimbaud d’un coup de revolver...
Hampton n’apporte pas un angle de vue nouveau à cette histoire connue mais il met merveilleusement en lumière les relations enfiévrées et complexes des deux hommes. Le texte est tout en scènes denses et courtes, qui surgissent comme des éclats de silex. Chaque moment est d’une grande tension, aussitôt suivi de l’étape suivante, tout aussi nerveuse. Le parti pris scénique de Didier Long épouse et amplifie cette force d’écriture : le récit est réaliste mais sa structure est faite de bonds. Le fait qu’il n’y ait que peu d’éléments de décor – quelques banquettes – donne sa liberté à la mise en scène qui avance comme une succession de ressorts compressés puis propulsés. Julien Alluguette est un Rimbaud de grande allure. Dès son entrée sur le plateau, il est étonnant, en garçon insolent, qui ne sait pas se tenir mais a des éclairs dans la tête. Il déploie ensuite la douce violence du fauve : le comédien compose fort bien cette façade tranquille d’un animal humain sûr d’être le maître quand les débats et les combats approchent de leur terme. Face à lui, Didier Long se charge de l’incarnation de Verlaine. Il détaille les contradictions de ce bourgeois amoureux, bourré d’hésitations, prudent avant de se décider à être audacieux, plus naïf qu’adroit. Il en dessine les nuances sans rompre un élan, une continuité, une flamme renouvelée qui ont la forme d’une passion enfantine. Dans le rôle discret de Madame Verlaine, Jacqueline Ruff est moins dans la lumière mais elle assure délicatement les demi-teintes du personnage. Au ring de l’amour, la rencontre Rimbaud-Verlaine est évidemment un sommet, que Christopher Hampton, Didier Long et les interprètes de ce spectacle ont su transcrire dans une dimension de vaudeville transfiguré.

Eclipse totale : Rimbaud/Verlaine de Christopher Hampton, adaptation et mise en scène de Didier Long, décor de Jean-Michel Adam, lumière de Denis Koransky, musique de François Peyrony, avec Julien Alluguette, Didier Long, Jeanne Ruff.

Poche-Montparnasse, 21 h, tél. : 01 45 44 50 21. (Durée : 1 h 40).

Photo DR.

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