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Critiques / Théâtre

Chambre 108 de Gérald Aubert

par Gilles Costaz

Danse entre la vie et la mort

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La création de Chambre 108 au Poche-Montparnasse en 1990, assurée par Etienne Bierry et Georges Werler, a immédiatement révélé un auteur, Gérald Aubert, qui allait compter. Depuis, Aubert a été joué par les plus grands acteurs (Pierre Arditi, François Berléand, Jacques Gamblin, Michaël Lonsdale). Revenir à sa première pièce est une aubaine : tout son art de saisir à la fois le drôle et le tragique de la vie est déjà là. Nous sommes dans une chambre d’hôpital. Elle est occupée par un malade un peu âgé qui n’est pas près de vider les lieux ; il aime se morfondre et se plaindre, et il n’est pas atteint d’un mal imaginaire. Arrive un malade plus jeune, incertain de son avenir, puisqu’il subit des examens, angoisse - avec cette hospitalisation, le ciel lui est tombé sur la tête. Il est accablé, mais moins plaintif que son voisin. Entre eux, de l’un à l’autre et de l’autre à l’un, passe une infirmière : elle est celle qui écoute, celle qui console, la maman qu’on appelle et la femme qu’on fantasme. Toutes ces minutes de relations mouchetées vont changer secrètement ces personnages, et un élément nouveau bousculera cette vie à trois.

C’est une danse de vie et de mort où l’être humain passe sans cesse du dérisoire à l’essentiel. La mise en scène de Bruno Bernardin l’a bien senti : elle aiguise chaque sensation mais relie chaque moment par un air de jazz joyeux ou désinvolte. Dans un jeu chafouin, souterrain, roublard, Hervé Masquelier compose un malade difficile avec une belle truculence, à la Michel Serrault. Son partenaire, Jean-David Stepler, à l’opposé, intériorise ; il dessine joliment au pastel tout ce qui traverse un personnage blessé et secret. Isabelle Rougerie, enfin, est l’infirmière : elle sait exprimer l’insolite caché de cette femme apparemment banale qui ose, parfois, franchir la ligne jaune. Voilà un instant qui nous touche comme une nouvelle de Tchekhov, qui était médecin des corps et des âmes.

Chambre 108 de Gérald Aubert, mise en scène de Bruno Bernardin, musique de Carlos Leresche, avec Hervé Masquelier, Isabelle Rougerie, Jean-David Stepler. Théâtre des Deux Rives (Petit t2r) Charenton-le-Pont, tél. : 01 46 76 67 00, jusqu’au 24 février. (Durée : 1 h 30).

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