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Critiques / Théâtre

Audience, Vernisssage, de Václav Havel

par Jean Chollet

Deux aspects d’un même combat

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Lorsqu’il écrit ces deux pièces en 1975, le dramaturge tchèque (1936 – 2011), a vécu en 1968, l’écrasement du “Printemps de Prague” par les armées du Pacte de Varsovie, regroupant autour de l’Union soviétique plusieurs pays d’Europe de l’Est, qui place la Tchécoslovaquie sous un régime totalitaire. Ses pièces sont officiellement interdites, condamné à la prison durant plusieurs années, il devient une figure de proue emblématique de la résistance, avant de connaître le destin politique que l’on sait.

Audience” se situe à l’intérieur d’une brasserie, en relation autobiographique directe avec l’auteur, puisque durant ses années noires, Václav Havel, privé de théâtre, à été employé comme manœuvre dans un établissement similaire en Bohême durant plusieurs mois. Dramaturge soumis aux mêmes conditions, Ferdinand Vanek est convoqué par son supérieur hiérarchique, Sladek, d’apparence bonhomme et paternaliste, mais seulement disposé à améliorer la condition de son employé, qu’il tente de déstabiliser à l’aide de moult cannettes de bière, en échange d’un marché de dupes auquel celui –ci résiste avec distance et dignité. Le décor de François Cabanat instaure un rapport concret avec la brasserie, avec un bureau vitré, où l’air pesant semble difficile à renouveler, réunissant les deux antagonistes, et plaçant les spectateurs en condition d’observateurs sur des caisses de bois utilisées pour le transport de bouteilles de bière.

Dans la continuité, changement d’espace pour Vernissage, situé dans un appartement cossu, habité de reproductions sous différents formats du “ Champ de colza” du grand peintre d’avant – garde tchèque des années 1970, Miloslav Moucha, où Ferdinand Vanek est invité par un couple d’amis. Véra et Michael, installés dans la certitude de leur réussite conjugale, sexuelle, et idéologique dans la ligne du pouvoir en place, s’érigent en modèles et font preuve de prosélytisme pour imposer à leur invité le bien fondé de leurs choix. Devant un tel étalage, où l’autosatisfaction devient vertigineuse et tragique sous ses aspects comiques, Ferdinand préfère claquer la porte et fuir en conservant ses valeurs, pour résister à un formatage de pensée.

La mise en scène de Anne – Marie Lazarini, articule avec acuité et cohérence ces deux courtes pièces mises en parallèle, dont les échos universels traversent le temps et l’Histoire, en éclairant leur ironie et leur humour, entre et dérision et absurde, dans un dosage qui restitue la profondeur des propos. Elle s’est entourée de quatre excellents comédiens Cédric Colas (Vanek), Stéphane Fiévet (Sladek), Frédérique Lazarini (Véra) et Marc Shapira (Michael) qui portent, chacun dans leur registre, les facettes et accents révélateurs de leur personnage. En 1976, Václav Havel déclarait : “ Le théâtre en ce qui me concerne, doit être un foyer vivant et inquiétant d’introspection où la société se révèle à elle même.” Une affirmation parfaitement lisible dans cette représentation de ses deux pièces.

Ces textes, accompagnés de “Pétition” ont été publiés en 1980, dans une traduction de Marcel Aymonin et Stéphane Meldegg, aux éditions Gallimard, Collection Du monde entier.

Photos Marion Duhamel

Audience , Vernissage, de Václav Havel, mise en scène Anne-Marie Lazarini, avec Cédric Colas, Stéphane Fiévet, Frédérique Lazarini, Marc Schapira. Décor et lumières François Cabanat, costumes Dominique Bourde. Durée : 1 heure 30.
Artistic Théâtre Paris jusqu’au 31 décembre 2016.

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