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Critiques / Festival

Approche de l’idée de méfiance de Rodrigo Garcia

par Marie-Laure Atinault

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Sauvons la tortue !!!

Les platanes du cloître des Célestins en ont encore les feuilles toutes chiffonnées. Pourtant elles avaient déjà été tourmentées par le trublion de la Carniceria teatro, Rodrigo Garcia, avec son pamphlet l’histoire de Ronald, le clown de McDonald’s en 2004. Garcia est un auteur reconnu et renommé, ses textes sont traduits et joués dans toute l’Europe. Violent contestataire, explorant des formes d’ investigations scéniques explosant les schémas de la représentation conventionnelle, son travail est toujours très attendu. Certain de ses textes sont joués par des troupes du OFF comme Jardinage humain , remarquable au théâtre de la Manufacture.

Apologie de la vacuité scénique

Le titre de ce nouveau non-spectacle aurait dû nous alerter. Un homme aussi intelligent que Rodrigo Garcia ne fait rien à la légère, même quand il se fout radicalement de nous. Approche de l’idée de méfiance, nous aurions dû nous méfier et tout simplement nous abstenir d’ assister à ce simulâcre de théâtre. Tout au plus un happening décadant frôlant l’escroquerie. D’un côté de la scène une cage aux poules, de l’autre un bassin en verre dans lequel nage une tortue équipée d’une caméra sur le dos. La pauvre bête se cogne contre les parois en verre. Dame, elle a assistée aux répétitions et elle sait ce qui l’attend ! Au fond de la scène un écran blanc sur lequel seront projetées les images filmées par la vidéaste. Une femme entre, ayant oubliée de cacher sa féminité. Elle va se livrer à un solo assez violent et très athlétique, jambes en l’air, contre l’écran blanc sur lequel sera enfin projetté le texte de Rodrigo Garcia. Après cette pérégrination d’antipodiste sans pudeur, ses petits camarades joueront à hypnotiser des poules. Passionnant ! Si, si. Deux machinistes l’air très absorbés répandront le contenu de plusieurs packs de lait autour des « comédiens ». L’ in "pack" philosophique n’échappera à personne !

Un peu de poésie dans ce monde de brute

Le moment le plus fort, le plus drôle (en se forçant un peu) est il entre Maïté qui fait la cuisine et l’école des loisirs ? Les trois comédiens très absorbés et touchants dans leur application, sortent des morceaux de tomate, de carotte, de salade d’un grand saladier en verre. Nos apprentis marmitons vont s’appliquer à les reconstituer à l’aide de scotch et bâtonnets en bois. Après avoir éventré un sac de terreau, ils replanteront ces légumes. C’est le clou du spectacle !

Et l’écologie dans tout ça

Entre la farine, le lait, les pots de miel innondant les corps nus ou la terre recouvrant les comédiens qui utilisent des litres et des litres d’eau pour se rincer, on se demande le pourquoi d’un tel gâchis. Il est vrai que chez Garcia, il y a un gaspillage honteux de produits alimentaires : pâtes, lait, jus de tomate, pâte à pizza. Mais c’est pour mieux stigmatiser la société de consommation mon enfant ! Toutes ces provisions seraient beaucoup mieux et judicieusement employées en les distribuant aux clochards et aux bandes de jeunes errants, qui tranquillement avec leurs chiens attendent quelques pièces et un sourire. Là, le combat contre la société de consommation serait plus efficient.

Final

Dans le public il y a ceux qui ont tout compris. Ils sont chics, ils sont intellos, ils se sont bien enquiquinés pendant cette heure qui faisait au bas mot 240 minutes, ils se lèvent et applaudissent cette non-performance. D’autres n’applaudissent pas, mais ce n’est pas assez. Le soir de la première, un Monsieur cria "Bravo à la tortue" tandis qu’une dame voulait se faire rembourser pour ce "foutage de gueule". Les premiers devraient lire attentivement le programme ou Rodrigo le désabusé dit : "je ne voulais plus travailler pour ce public moderne et cultivé que l’on croise lorsque l’on est programmé dans les festivals ».

Rien plus rien ne font rien. Rodrigo Garcia dit et répète qu’il veut arrêter la scène et se consacrer à l’écriture. Aux vues de ce dernier spectacle, le moment est venu qu’il fasse une pause.

Approche de l’idée de méfiance au Cloître des Célestins du 22 au 25 juillet 2007. Avec Juanjo de la Jara, Agnès Mateus, Jean-Benoît Ugeux.

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