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Critiques / Opéra & Classique

Cendrillon de Jules Massenet

par Caroline Alexander

Au rendez-vous de toutes les fées

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Elle avait été mise au rancart il y a plus d’un siècle, la voilà qui renaît dans le berceau qui l’a vu naître : Cendrillon, fille de Jules Massenet vient de retrouver les ors et les velours de la salle Favart, sa maison. Jérôme Deschamps, son directeur, s’est donné pour mission de redécouvrir les œuvres créées dans le théâtre qu’il dirige depuis 2007. Célébrissimes comme la Carmen de Georges Bizet ou oubliées comme cette Cendrillon créée dans ses murs le 24 mai 1899 avec un succès énorme, jouée dans le même élan jusqu’en 1903, puis rangée dans ses archives.

Le jour de sa création on inaugurait à la fois le nouveau bâtiment de l’Opéra Comique parisien - l’ancien ayant été ravagé par un incendie – et un nouveau système d’éclairage régi par une invention de fraîche date : l’électricité. Benjamin Lazar, le metteur en scène qui adore se fondre dans les époques des œuvres qu’il monte, s’en est souvenu et s’en amuse en nous amusant. En redonnant aux joues de ce conte de toutes les fées les couleurs et les rondeurs qu’elles avaient perdues.

Curieux destin que celui d’œuvres acclamées à leur apparition puis qui sombrent dans la grisaille de l’indifférence. Il arrive que leur succès premier fût de circonstance et que leur éclipse soit justifiée par leur médiocrité. Souvent la mode, ou les modes, jonglent avec leur notoriété, voire leur pérennité. Cendrillon fait partie de ces objets perdus et retrouvés sans autre cause qu’une certaine paresse car sous ses airs enjoués grince une jolie part d’ironie et à l’écart de ses quelques longueurs, frémissent de grands élans, cette élégance joyeuse propre à Massenet, sa façon d’adopter « à la française » les héritages de Mozart et de Wagner, d’y mêler des accents lullystes, de se souvenir de Rossini qui le précéda dans la mise en musique du conte de Perrault.

Une fée veille, une pantoufle se perd

Le pauvre Pandolfe est bien mal remarié à l’abominable madame de la Haltière, qui en guise de dot, apporta deux greluches nées d’un premier mariage, et ne sait plus comment témoigner son affection à sa fille unique, reléguée aux cuisines et condamnée au rôle de souillon par l’acariâtre belle-mère. Heureusement une fée veille, une pantoufle se perd et un Prince Charmant attend… Massenet dédie le rôle à une soprano, histoire de mêler les sens et d’ajouter à sa musique un brin de mystère et de sensualité.

Des grillages, des escaliers en colimaçon, une mezzanine inquisitrice, un saule pleureur en guirlandes et en lampions, un coup de chapeau à Méliès et à son cinéma naissant, un phonographe qui grésille de ses premiers enregistrements, des perruques grand siècle et des robes folles, des valets qui époussètent et qui épient, des lumières en féerie : Benjamin Lazar déploie ses astuces et ses cabrioles dans les décors d’Adeline Caron, les costumes d’Alain Blanchot et les chorégraphies voltigeuses de Cécile Roussat et Julien Lubek. Tandis que Marc Minkowski fait pétarader ses musiciens du Louvre Grenoble. Percussions, flûtes et valses sont envoyés en vrille.

Nonchalance et sourire en coin d’un drôle de Prince Charmant

Le baryton Laurent Alvaro, impeccable diction et musicalité au cordeau, remplace au pied levé Franck Leguérinel et Pandolfe n’y perd rien, ni en truculence, ni en tendresse dans les duos avec sa fille aimée, Michèle Losier, mezzo soprano incarne avec nonchalance et sourires en coin ce drôle de Prince Charmant. En pleine forme, le contralto Ewa Podlès fait grincer et vitupérer une époustouflante marâtre. La fée d’Eglise Gutierrez, reine de la nuit en solde, peine en revanche à maîtriser ses colorature. Pâle, lunaire, la Cendrillon de Judith Gauthier ressemble presque à une erreur de casting. On la croirait davantage convalescente sortie d’un sanatorium que souillon confinée aux tâches ménagères d’une cuisine. Elles sont deux à se partager le rôle. Blandine Staskiewicz reste à découvrir.

Cendrillon, conte de fées en quatre actes de Jules Massenet, livret d’Henri Cain d’après le conte de Charles Perrault. Orchestre et chœur des Musiciens du Louvre Grenoble, direction Marc Minkowski, mise en scène Benjamin Lazar, chorégraphie Cécile Roussat et Julien Lubek, scénographie Adeline Caron, costumes Alain Blanchot, lumières Christophe Naillet.
Avec Judith Gauthier en alternance avec Blandine Staskiewicz, Michèle Losier, Eglise Gutierrez, Ewa Podlès, Laurent Alvaro, Aurélia Legay, Salomé Haller, Laurent Herbaut, Vincent de Rooster, Julien Neyer, Paul Henri Vila, six « esprits », six danseurs…

Opéra Comique, les 5, 7, 9, 11 & 15 mars à 20h, le 13 à 15h

Sans oublier « les rumeurs » de Favart, les friandises qui accompagnent chaque création  :

- Scènes de féerie par Béatrice Uria-Monzon, l’orchestre national de Lyon sous la direction de Michel Plasson, le 6 mars à 15h
- Les contes de Méliès  : ciné concert avec Michel Portal et Bruno Fontaine : le 10 mars à 20h
- Cendrillon en vaudevilles, opéra-comique créé à la Foire Saint Germain par l’Ensemble les Monts de Reuil – lundi 14 mars à 20h.

0825 01 01 23 - www.opera-comique.com

Mention photo : Elisabeth Carecchio

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